Témoignage de Céline Niezgoda – messe du dimanche 14 juin 2026 de
Bonjour à tous,
Il m’a été demandé de partager avec vous mon expérience et vous faire part de ce qui m’a conduite à recevoir le sacrement de confirmation à l’âge adulte, le 30 mai dernier. Certains ont pu s’étonner de ce que je reçoive ce sacrement si tard, et plus encore que j’en ressente soudainement le besoin. Pourtant, avec le recul, je pense que ce désir et ce besoin ont toujours été en moi.
Comme beaucoup, j’ai eu mon premier contact avec la foi catholique très tôt, puisque j’ai été baptisée à l’âge de deux mois.
Enfant, j’ai suivi les enseignements du catéchisme, reçu la communion pour la première fois et effectué ma profession de foi.
Durant toutes mes années de catéchisme, et surtout dès qu’il s’est agi de recevoir pour la première fois un Sacrement consciemment, j’ai commencé à me poser énormément de questions.
J’étais là parce que mes parents l’avaient décidé pour moi – quel cadeau finalement ! – mais je ressentais déjà que pour en profiter pleinement ma foi devait être sincère, murie, et j’ai su tôt que je ne pourrais pas me contenter d’une foi de tradition.
Je voulais croire, mais croire fort et je voulais être sûre de croire, j’aspirais à une foi vraie, personnelle et sincère.
Forcément, un tel absolutisme m’a conduite à l’adolescence à prendre de la distance avec la tradition catholique : je l’avais reçue en héritage et j’avais besoin de m’en éloigner et de m’assurer de ce en quoi je croyais.
A l’âge où l’on reçoit habituellement la confirmation, je me suis alors un temps rapprochée du Protestantisme.
Cette période a nourri ma réflexion et ma quête spirituelle, j’ai enrichi mes connaissances et croisé la route de personnes formidables… mais quelque chose me manquait…
Aujourd’hui, 20 ans plus tard, je sais qu’il s’agissait d’une étape sur mon chemin de foi.
Une étape que je considère comme ayant été nécessaire pour accepter de faire partie de l’Église catholique, pour accepter que ce n’était pas parce que l’on m’avait transmis la foi qu’elle ne pouvait pas être vraie et être mienne.
Au fil des années, j’ai ensuite cessé toute pratique religieuse, pensant que faire partie d’une communauté, de mettre un nom sur ma foi n’étaient pas nécessaires.
Je pensais que croire était suffisant et que Dieu l’acceptait ainsi.
Je ne rejetais pas Dieu mais ne prenais pas le temps de nourrir ma relation à Lui : je l’imaginais veiller sur moi, comme sur tous les Hommes, de loin.
Au fil de la vie, de ses joies et de ses difficultés, j’ai commencé à me poser davantage de questions, sur ce qui est essentiel, ce qui peut aider à avancer.
Cette recherche, incessante, m’a progressivement rapprochée de nouveau de la foi à l’âge adulte.
Je me suis mise à chercher Dieu plus ardemment, ai commencé à prier de nouveau, faiblement au départ et surtout quand j’éprouvais des difficultés, je dois l’avouer.
Mais surtout, je ressentais cette envie de franchir de nouveau la porte de l’Église sans oser le faire : comme si j’avais trahi Dieu et que je n’osais plus revenir le chercher et lui demander pardon.
Et c’est finalement une rencontre fortuite qui m’a conduite à oser frapper de nouveau à la porte de l’Église.
Alors que je traversais des difficultés personnelles et professionnelles et devais prendre des décisions importantes, une personne rencontrée par hasard, m’a suggéré de faire une retraite selon les exercices ignatiens.
J’ignorais alors tout de ces exercices et n’en avais même jamais entendu le nom.
Si je doutais de ce que cela allait pouvoir m’apporter, j’ai néanmoins immédiatement voulu répondre à cet appel, par curiosité, mais pas seulement : aussi pour autre chose, qui me dépassait.
Et c’est dans le silence, la prière, la désolation, et aussi le partage silencieux, que j’ai senti les dons de l’Esprit.
Alors qu’en m’y rendant, j’attendais de cette retraite qu’elle m’apporte des réponses presque magiques à des questions très précises que je me posais sur ma vie qui me désolait, j’y ai reçu autre chose : la paix et le sentiment de n’être pas seule.
Si l’on m’avait dit que cette retraite ne m’apporterait pas de réponse aux questions que je pensais me poser en venant, je n’y serais pas allée.
Et pourtant, ce que j’y ai trouvé est bien plus grand et plus fort que ce que je croyais chercher.
J’ai ressenti une sérénité jamais éprouvée avant, ce sentiment d’être en permanence accompagnée, d’être aimée et d’avoir le droit de douter aussi, et tant qu’il le faudrait.
J’ai aussi pour la première fois de ma vie compris que ma relation à Dieu devait être nourrie comme toute relation, et ressenti l’importance de prier, chanter, assister aux messes de façon assidue, de communier avec les autres croyants.
Le désir de poursuivre cette découverte et nourrir cette relation retrouvée n’est jamais retombé depuis lors, et dès le dimanche suivant la fin de cette retraite, je suis entrée timidement à Saint-Ignace, pour y aller ensuite chaque dimanche.
Très vite, j’ai senti vouloir nourrir davantage encore ma foi, et voulu chanter dans le chœur.
Au départ, je me sentais peut-être illégitime d’assister à la messe, de participer à la vie de l’Église sans avoir pourtant achevé mon initiation chrétienne, mais la route s’est très vite et naturellement ouverte face à moi et j’ai fait part au chapelain de mon désir de recevoir le Sacrement de confirmation.
Cette fois, je revenais à l’église, pas par tradition familiale, mais parce que je me sentais appelée personnellement, sans pouvoir l’expliquer, je sentais que ma place était dans cette Église que j’avais délaissée, que Dieu m’avait attendue sur cette chaise laissée vide trop longtemps.
Le parcours de préparation m’a beaucoup apporté, permis d’approfondir ma foi.
J’ai vécu ce cheminement avec les autres confirmands comme l’on ferait un pèlerinage : avec mon cœur pour seul outil mais aux côtés de compagnons de route s’avérant essentiels.
J’ai à leur contact non seulement découvert que nous étions nombreux à chercher, à douter aussi parfois, chacun dans notre vie, mais surtout, que nous étions en union, prêts à avancer ensemble, à nourrir chacun la foi de l’autre.
J’ai enfin compris une formule jusque là obscure pour moi et toute son importance dans la vie : la communion des saints.
J’ai découvert que la foi n’était pas un ensemble de traditions ou de connaissances, mais une rencontre personnelle avec le Christ, une présence qui rassure et éclaire, mais qu’il s’agit aussi d’une amitié à partager.
J’ai compris que recevoir le Sacrement de confirmation n’était pas une fin en soi, que ce n’était pas seulement le dernier des sacrements à recevoir pour être pleinement chrétienne, qu’il ne s’agissait pas de finaliser un parcours, comme on chercherait à obtenir un diplôme.
J’ai réalisé que ce n’était pas la fin du chemin mais le début de quelque chose d’encore plus grand et vivifiant : que je m’engageais dans ma relation à Dieu et que celle-ci serait vivante.
J’ai alors accepté de recevoir un Sacrement sans être une chrétienne parfaite, telle que je me figurais qu’il fallait l’être. J’ai appris que je pouvais donner et recevoir l’amour de Dieu malgré mes failles, mes faiblesses, malgré parfois mes écarts, ou mes doutes mais que je pouvais aussi transmettre Son amour avec tout ce que j’étais et malgré ce que j’étais.
Ce qui m’a permis de penser que j’étais prête à recevoir les dons du Saint-Esprit était ma fidélité dans mon cœur à Dieu et mon désir d’en témoigner.
Je suis reconnaissante d’avoir été mise sur ce chemin, de me sentir désormais unique face à Dieu mais entourée de frères et sœurs.
Je suis également reconnaissante d’avoir pu vivre ce chemin si tard, après avoir emprunté des chemins de traverse dans ma quête de Jésus, avec toute mon histoire, mes questions, mes hésitations et toutes les expériences qui ont déjà fait ma vie.
Je rends grâce à Dieu d’avoir mis sur mon chemin certaines personnes qui m’ont guidée dans cette quête – parfois sans le savoir – et m’ont remise sur cette route.
Je rends grâce à la patience de Dieu qui n’a cessé de m’appeler mais a su accepter mon rythme et m’a permis de lui demander les dons de son Esprit librement, consciemment, et après en avoir mesuré le sens.
J’ai appris qu’une fois confirmés, nous avions la mission de témoigner et transmettre. Alors, merci, en m’écoutant, de m’avoir permis de modestement faire un premier pas sur ce nouveau chemin qui s’ouvre devant moi.
Céline Niezgoda