Cette année, est célébré le centenaire de la naissance du peintre Arcabas. De nombreuses manifestations ont lieu en France et à l’étranger (voir le site centenairearcabas.fr). Sa fille Isabelle Pirot a confié à l’Eglise St Ignace le tableau de la pâmoison ou la déploration de la Vierge Marie que vous pourrez admirer et même contempler dans l’espace d’adoration jusqu’à la mi septembre. Le thème est connu dans l’histoire de la peinture bien qu’assez rare. La scène représente l’accomplissement le jour du vendredi Saint de la prophétie de Siméon. Cette prophétie eut lieu lorsque Jésus enfant fut présenté au Temple de Jérusalem par ses parents (Luc 2,34-35): » Cet enfant sera un signe de contradiction. Et toi (Marie), ton âme sera traversée d’un glaive ».Auprès de son fils en croix, Marie est tellement en communion avec lui qu’elle s’unit intérieurement dans sa mort.
Marie est représentée comme tombant, comme morte, bien que l’évangile selon Saint Jean spécifie qu’elle se tient debout au pied de la croix : « Stabat Mater » (Jn 19,25). Dans la scène, elle est retenue par le jeune apôtre Jean (à gauche) et par un ange (à droite) souvent représenté chez Arcabas sous les traits d’un géant empathique.
Dans sa chute, Marie laisse tomber son mouchoir avec lequel elle essuyait ses larmes. Ce mouchoir est l’élément focal et mystérieux du tableau. Tout converge vers lui. Mais ce linge blanc n’est pas qu’un mouchoir. Arcabas se souvient des récits évangéliques de St Luc, pour qui les langes de Jésus enfant à Bethléem annoncent déjà le linceul de la Passion. Signe que Jésus vient en ce monde pour naître et pour mourir comme l’un de nous. En laissant s’échapper ce mouchoir des mains de la Vierge, Arcabas voudrait-il signifier que Marie consent au sacrifice d’amour de Celui qu’elle a voulu protéger toute sa vie ? Remarquons que ce linge blanc est la seule zone de repos du tableau ; le mouchoir semble même rester en apesanteur, comme s’il annonçait de façon très discrète le linceul vide du tombeau le matin de Pâques.
Malgré les croix d’or en haut du tableau, la pudeur d’Arcabas se refuse à peindre la gloire éclatante de Dieu sur le mal. Il peint seulement ce petit morceau de tissu blanc en train de glisser des mains de la Vierge inanimée, mais qui ne tombe pas. Il rejoint ici la théologie des peintres et des évangélistes pour qui le plus grand mystère se cache dans le plus petit détail. Seul celui qui a le cœur ouvert sait voir et peut accueillir ce que ce petit détail annonce.
En haut du tableau, à gauche, on aperçoit un soldat portant un casque rappelant les conflits du Xxème siècles. Sa présence ainsi que le bain de sang rouge qui immerge la partie basse du tableau nous font souvenir la violence des temps modernes où tant de mères ont pleuré leurs fils disparus dans les affres de la guerre, et les pleurent encore.