Homélie de la Toussaint – Dimanche 1er novembre 2026
Nous fêtons aujourd’hui tous les saints et saintes de Dieu. Nous nous réjouissons certainement au souvenir des saints qui nous ont inspiré, porté dans la foi. Et, en même temps, il y a quelque chose en nous qui résiste peut-être au mot de « saint ». Les saints, ce sont eux, eux qui avaient une foi indéboulonnable, quand moi je doute. Eux qui avaient une force, une passion, un feu incroyable quand je me sens bien tiède. Eux, qui étaient capables de tout donner, quand je me sens hésitant. Eux, ce sont les saints, moi, je ne se suis qu’un petit soldat de la foi, qui fait ce qu’il peut.
C’est peut-être pour cela qu’il y a une phrase de la visite du Pape Léon qui est restée dans nos mémoires. C’est la phrase qu’il a lancé aux jeunes à la veillée du stade de France : « vous êtes les saints de France ». C’est une phrase qui marque parce qu’elle nous interroge ; dans son affirmation, elle nous fait nous questionner : en quoi suis-je bien un saint, moi ?
Mais, si nous avons retenu cette phrase, avons-nous retenu ce que le Pape nous a dit ensuite, en approfondissement de ces mots ? La phrase qu’il a vraiment commentée, c’est une phrase de saint Paul : « pour moi, vivre, c’est le Christ ». Cette dernière phrase, c’est quasiment une définition de la sainteté. Le ressort de la vie des saints et saintes, c’est qu’ils ont vécu cette phrase pleinement. Mais cette phrase courte n’est pas si simple à comprendre. Que veut-elle dire pour nous ?
Une première compréhension de cette phrase nous est donnée par les deux lectures de Jean aujourd’hui, sa lettre et l’Apocalypse. Jean nous y montre comme notre vocation d’enfants de Dieu, de saints, c’est d’entrer dans l’intimité de Dieu, pour l’éternité. Et c’est quelque chose qui ne nous est pas encore apparent, c’est une espérance que nous portons. Dire « pour moi, vivre, c’est le Christ », c’est prendre la pleine mesure de l’espérance qui nous est donnée. Ce n’est pas encore assez de dire que Dieu, le Christ, donnent sens à nos vies. Notre travail, nos familles, nos engagements donnent sens à nos vies et c’est bien. Jésus, par sa mort et sa résurrection, change le sens même du mot « vie ». La vie à laquelle nous aspirons n’est plus seulement la vie physique que nous connaissons et dont nous savons qu’elle a une fin dans la mort. La vie que Jésus nous ouvre ne finit pas, elle aboutit dans les bras de Dieu.
Dire « pour moi, vivre, c’est le Christ », c’est prendre toute la mesure du futur qui m’est offert et choisir de vivre mon « maintenant » en l’orientant en fonction de ce futur. C’est là qu’est mon trésor. Et comme le Pape le faisait remarquer, c’est une nouvelle trop extraordinaire que pour la garder pour moi. Elle nous invite à la partager, à la faire connaitre, largement.
Une deuxième façon, plus concrète, de comprendre la phrase de Paul est simplement de choisir de laisser le Christ façonner toute notre vie. Comme chrétien nous sommes appelés à ne plus vivre « pour nous-mêmes », au gré de nos envies et de nos désirs. Dire « pour moi, vivre, c’est le Christ », c’est accepter de prendre Jésus pour modèle et compagnon dans tous les moments et tous les aspects de nos vies, sans garder de jardin secret où il n’est pas invité. C’est lui donner l’occasion de m’interpeller, dans l’écoute de sa parole, dans le silence de la prière. Et agir en conséquence, à la mesure de mes forces, sans doute, mais en étant bien clair sur la direction que je veux prendre : celle où je grandis en liberté, en charité. A chaque fois que nous communions, comme dans cette messe, nous avons aussi à être conscient que nous offrons à Jésus, pour que son Corps que nous recevons nous transforme à son image.
Le Pape insistait sur le pardon qui est un aspect essentiel de la suite du Christ. Si nous nous laissons travailler par Jésus, lui qui a même pardonné à ses bourreaux, ce n’est pas seulement le futur qui nous est ouvert. C’est aussi le passé et le présent qui se libèrent, se dénouent en nos cœurs.
En lisant les Béatitudes, une troisième manière de comprendre « pour moi, vivre, c’est le Christ » se dégage. Jésus y manifeste sa proximité pour les petits, les humbles, les persécutés. On pourrait tout aussi bien entendre « pour moi, vivre, ce sont les autres ». La transformation n’est pas audacieuse ; c’est le Christ lui-même qui s’est identifié aux plus petits : « tout ce que vous aurez fait pour eux, c’est à moi que vous l’aurez fait ». Vivre avec, pour le Christ, ce n’est pas quelque chose que je peux vivre dans ma chambre, que je peux limiter à une relation verticale entre lui et moi. Le Christ me pousse à donner chair à mon amour pour lui, dans l’amour concret pour mes frères et sœurs, eux que je vois bien.
Si nous repensons aux saints et saintes, n’est-ce pas effectivement la manière dont ils ont vécu ? Ils ont porté bien vivante l’espérance de la vie éternelle. Ils se sont laissés guider docilement par l’Esprit du Christ, cherchant à l’imiter dans les circonstances de leur vie. Ils se sont enfin souvent illustrés par leurs œuvres de charité, parfois jusqu’à l’excès, aux yeux du monde du moins. Leur vie, c’était le Christ.
Pour pouvoir dire à notre tour « pour moi, vivre, c’est le Christ », confions-nous humblement à l’intercession de tous ces frères et sœurs dans la foi. Partageons-leur notre désir de laisser grandir la place du Christ vivant dans nos propres vies, pour que, façonnés par sa grâce, nous puissions, nous aussi, rejoindre la grande famille des saints de Dieu, à tout jamais dans l’intimité de Dieu.
- Willemaers, sj
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Seigneur, nous te confions tous ceux qui pleurent aujourd’hui sur notre terre, pour toute raison que ce soit : violence des hommes, souffrance de la maladie, solitude, perte ou abandon. Donne-nous de toujours savoir offrir le geste ou la parole qui conviennent, en préfiguration de la consolation que Toi seul peut offrir.
Seigneur, nous te prions.
Seigneur, nous te confions les artisans de justice et de paix, tous ceux qui ne baissent pas les bras devant les fractures qui traversent notre société mais travaillent plutôt au service du Royaume de justice. Donne-nous de savoir les reconnaitre, les soutenir et les rejoindre, dans la mesure de nos capacités, sans jamais perdre l’espérance qui vient de toi.
Seigneur, nous te prions.
Seigneur, nous te confions tous ceux qui aujourd’hui encore sont persécutés pour l’annonce de l’évangile et la promotion de la justice. Donne-leur de trouver en toi leur force et leur appui. Fais, qu’à l’instar du centurion au pied de la croix, le cœur de leurs persécuteurs se laisse toucher et transformer par leur témoignage.
Seigneur, nous te prions.
Seigneur, nous nous confions nous-même à toi, dans notre faiblesse et avec toute la difficulté que nous avons à suivre le chemin que tu nous traces. Apprends-nous et fortifie en nous la pauvreté et la pureté du cœur, la douceur, la miséricorde. Qu’en nous laissant travailler par toi, nous devenions ainsi de meilleurs témoins de ta bonne nouvelle.
Seigneur, nous te prions.