En ce sixième dimanche de Pâques, la liturgie nous offre la possibilité de continuer à approfondir ce mystère pascal de Dieu en Jésus-Christ. En même temps, nous nous préparons peu à peu à la venue de l’Esprit à la Pentecôte, qui aura lieu non pas dimanche prochain, mais celui d’après. En effet, un thème qui ressort clairement de ces lectures concerne la promesse de cet envoi ou de ce don du Saint-Esprit. Face à ce thème de la promesse du Saint-Esprit, nous pourrions nous demander : en quoi consiste, en effet, cette promesse de l’Esprit ? Quel est son contenu et qu’implique-t-elle pour nous ? Et à ces questions, nous pourrions ajouter : quelles conséquences le fait de vivre dans la perspective de cette promesse a-t-il pour chaque cœur et pour chaque communauté ? Je crois que, si nous abordons les textes avec ces questions, nous pouvons en tirer plusieurs pistes de réponse.

 

Tout d’abord, nous voyons que cette promesse, d’une certaine manière, nous ouvre à la dimension de l’avenir. Notre vie ne s’épuise pas dans le présent, mais elle possède une dimension de sens qui dépasse ce que nous voyons et ce qui nous arrive dans l’immédiat. Cet horizon d’avenir vécu comme une promesse fait grandir en nous l’espérance et met en mouvement en nous le désir. Un désir très particulier qui est lié au désir même de Jésus qui nous demande de garder ses commandements. La promesse de l’Esprit met en mouvement ce désir, cet horizon de sens désirable. Une promesse qui passe par l’épreuve d’un « non », d’une absence, d’une certaine expérience d’orphelinage, dans laquelle s’inscrira l’irruption du « oui » de la rencontre, de la présence ressentie du feu de l’Esprit dans nos cœurs, nous brûlant de l’intérieur et tissant le nœud de cette appartenance unique en chaque personne et en chaque communauté. De même que le Fils est dans le Père, de même nous sommes en Jésus-Christ. Dans chaque cas, ce « dans ou en » est réalisé par ce bâtisseur de liens qu’est le Saint-Esprit, un « dans ou en » qui implique le « non » et la différence, tout comme le « oui » et la rencontre. Un « dans » par lequel passe une différenciation et une communication d’amour, c’est-à-dire une certaine compréhension de l’autre, un langage et une affection déterminés. La promesse n’est pas tant un « quelque chose » que nous allons recevoir, mais plutôt un « quelqu’un » dont la relation donne tout son sens à notre existence et nous lance sur un chemin sans retour de service, de révérence et de louange.

 

Or, cette promesse qui nous met en relation avec un avenir plein de sens, pour qu’elle ne tombe pas dans une promesse abstraite et séparée de la réalité qui nous arrive, exige en soi certaines anticipations qui rendent compte de la véracité de ce que nous espérons. En d’autres termes, l’espérance réclame des expériences d’amour concret qui rendent crédible et plausible ce qui ne s’est pas encore pleinement produit. Et en ce sens, cette espérance suscite en nous une attention et une vigilance tout à fait particulières : comme le détective qui suit les indices sur la scène du crime ou comme un médecin qui ausculte les signes qui habite dans le corps de son patient, de même nous, la promesse de la rencontre nous rend attentifs et à l’écoute des signes de ce qui pourrait être la réalisation de ce que nous espérons. Comme quelqu’un qui marche avec la question à la main : où ou dans quelles expériences Dieu a-t-il laissé sa trace d’amour, sen signes de liberté, de guérison ; où se trouve la marque de sa manifestation ? Des signes qui peuvent se manifester dans des lieux, des moments et chez des personnes des plus variés ; même en Samarie, c’est-à-dire chez des personnes ou dans des communautés où nous n’aurions jamais pensé que cela puisse arriver. Si nous ne cédons pas à notre désir de rencontre et de relation promise, cette écoute implique de notre part un travail pas toujours facile sur nos préjugés familiaux, culturels… et, avant tout, elle exige aussi une honnêteté et une sincérité face à ce qui se passe dans notre cœur et que nous entrevoyons comme des signes du royaume. Nous pourrions dire : « J’aurais voulu que Dieu se manifeste en ce lieu et en cette personne, mais les résonances affectives de joie, de paix, de liberté profonde me disent que non, qu’en réalité, il s’est manifesté en cet autre lieu et en cette autre personne. » Et lorsque je partage cette expérience en communauté, il en va de même. Les premières communautés ont compris que Dieu se manifestait et suscitait la conversion dans des lieux pour eux impensables.

Et, enfin, cette promesse et ces anticipations ont pour conséquence de faire de nous des témoins de l’œuvre de Dieu. Ce qui est un don et une tâche, une mission : cela nous donne la possibilité d’en témoigner. Un témoignage qui ne naît pas d’une connaissance théorique des choses, comme celui qui répète ce qu’il a entendu dire par d’autres ou lu dans des livres, mais un témoignage qui jaillit d’une connaissance intérieure de celui qui a personnellement fait l’expérience de cette relation avec cette personne concrète. Nous sommes appelés à transmettre la connaissance d’une relation, le goût d’une appartenance dont nous savons qu’elle a été libératrice pour nous et qu’elle peut l’être pour d’autres. Qu’avons-nous de plus beau à transmettre que les traces que cette relation avec le Seigneur laisse dans notre vie ? Nous sommes appelés à transmettre cet horizon de sens et de promesse qui nous rend de plus en plus attentifs à nos expériences historiques d’amour et de service.

En résumé, trois points que je souhaitais partager avec vous aujourd’hui : l’horizon de sens et la promesse de la relation, les anticipations et la réalisation de celle-ci, et la possibilité de devenir des témoins capables de témoigner de ce trésor de liberté et de salut que le Père en Jésus-Christ nous offre.

Pour finir, je voudrais vous raconter une anecdote : je me souviens que, quand j’étais enfant, j’attendais avec beaucoup d’impatience le moment de Noël. C’était un jour important en famille où nous nous réunissions, mangions de bonnes choses, faisions la fête et où, en général, les plus jeunes recevaient un cadeau. D’une certaine manière, avant même ce jour-là, je commençais déjà à en profiter. Disons que cet avenir remplissait mon présent de lumière et de désir. On dit que les enfants sont plus ouverts à l’amour et qu’ils se laissent aimer plus facilement. En grandissant, nous savons que nous commençons à ériger des barrières dans notre cœur et à nous défendre contre ceci et cela. Demandons au Seigneur la grâce que cette attente de la Pentecôte nous trouve désireux de recevoir ce feu de Dieu ; qu’il nous trouve avec un cœur ouvert et sans trop de défenses face à cet amour inconditionnel que le Père en Jésus-Christ veut nous offrir. Amen.