Homélie du dimanche 11 octobre 2026 – 28ème dimanche T.O.

Les textes aujourd’hui nous parlent de repas, de repas festifs. Isaïe nous parle de viandes grasses et de bons vins. Dans le psaume, Dieu dresse la table et verse une coupe débordante. Dans l’évangile, c’est un repas de noces qui sert de thème à la parabole de Jésus. Nous savons bien que le repas est une image récurrente dans la Bible pour évoquer la relation entre Dieu et les hommes.

Par coïncidence, il se fait que nous avions une occasion de fête dans ma communauté ce samedi, les premiers vœux d’un compagnon jésuite. Et, évidemment, l’idée d’un repas festif est venue tout de suite, pour célébrer dignement cet évènement. Qui dit fête, dit repas. Mais l’organisation de ce moment de fête, qui me tombait principalement dessus, m’a mené à réfléchir un peu sur deux aspects de ce qu’est – ou devrait être – un repas de fête.

La première réalisation qui s’est imposée à moi est à quel point préparer une fête est un investissement. Un investissement en temps, en énergie, ou encore très platement en argent. On réfléchit à qui inviter, ce qu’on va leur servir. On se demande ce qui va faire plaisir. Où faire les courses et quand ? Une tension s’installe, qui est déjà accueil des convives. On veut faire les choses bien, pour eux, pour leur faire plaisir.

Dans notre relation à Dieu, cela devrait nous aider à prendre conscience que celui qui a préparé la table, celui qui invite et nous veut du bien, c’est le Seigneur. Notre rapport à Dieu ne commence pas par nous, par notre recherche de Dieu. Celui que nous cherchons s’est mis à route vers nous bien avant nous. Les textes d’aujourd’hui nous invite à considérer Dieu dans la prière comme celui qui nous précède ; ce n’est pas moi qui l’accueille, c’est toujours lui qui m’accueille.

Le premier passage tragique de la parabole est celui des invités qui ne sont pas intéressés et refusent l’invitation. Bien sûr, cela évoque l’histoire d’Israël, le rejet des prophètes, de Jésus lui-même. Mais, pour nous-même, le caractère brutal du passage souligne surtout qu’il y a là un choix radical, important à faire, qui engage nos vies : suis-je disposé à accueillir le Seigneur dans ma vie ? Concrètement, puis-je nommer les moments, les lieux où je le laisse me rejoindre, par sa parole, par sa présence ?

Une deuxième idée me sautait aux yeux hier pendant le repas. Malgré toute l’énergie que cela représente, l’essentiel d’un repas n’est jamais vraiment la nourriture ou la boisson. L’essentiel, c’est plutôt comment ce repas va aider aux relations entre les convives, nourrir ces relations et les faire grandir. Un bon repas, une bonne ambiance désarme, facilite l’échange. Il crée une proximité nouvelle, pour autant que chacun soit disposé à entrer dans cette intimité.

C’est ce que pointe le deuxième moment dramatique de la parabole, avec cet homme qui ne porte pas l’habit de fête. Il est au repas de noce, il boit, il mange. Mais il n’entre pas dans la fête, il ne s’associe pas à la joie des mariés. Il est juste là pour consommer. Dans ma relation à Dieu, cela me mène à une autre question : suis-je prêt à approfondir ma relation au Seigneur, à me laisser transformer par elle, à entrer peu à peu dans la façon de voir et d’agir de Dieu ? A chaque fois que j’écoute sa parole, à chaque fois que je le reçois dans l’Eucharistie, est-ce que je lui donne l’autorisation de me travailler, de me transformer ?

Il y a peut-être un paradoxe mais certainement pas un mystère dans le genre d’habits de fête que le Seigneur nous demande d’endosser. L’habit de fête pour un chrétien, c’est avant tout l’habit de service. C’est ce que Jésus fait comprendre à ses disciples lors de la scène, lorsqu’il leur lave les pieds. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Il consacre à ce moment l’approfondissement du lien entre les apôtres et lui, lorsqu’il leur dit : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître.» Désormais, eux, et nous, savons que la plus grande proximité avec Dieu se trouve quand nous nous associons activement à son dessein d’amour dans le monde.

Demandons ensemble au Seigneur qu’il nous aide à développer toujours plus la conscience qu’il nous invite, qu’il nous attend. Demandons-lui de nous aider à trouver des façons qui nous conviennent pour nous laisser non seulement rejoindre mais encore travailler par sa parole et sa présence. Et, enfin, demandons-lui de nous aider à enfiler la tenue de fête, la tenue du service.

Benoit Willemaers,sj