Dans le cadre de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, nous avons eu la joie d’accueillir la Pasteure Sophie Ollier de l’église Protestante Unie de Pentemont-Luxembourg.

Vous trouverez ci-dessous son commentaire de la Parole de Dieu de la messe de 11h du dimanche 18 janvier.

 

Jean 1, 29-34

Unité des chrétiens 2026

 

Si nous sommes rassemblés aujourd’hui, venant d’Églises différentes, de parcours différents, de sensibilités différentes, c’est parce qu’une même parole nous a rejoints, que nous avons chanté d’ailleurs au tout début de cette messe : l’appel à passer des ténèbres à la lumière, l’appel à la même espérance, l’appel à être témoins du Christ. Nous ne portons pas tous les mêmes accents, nous ne prions pas toujours avec les mêmes mots, mais nous partageons cet appel à être témoins. Témoins parfois assurés, parfois hésitants, parfois silencieux, mais témoins tout de même d’une lumière qui nous a rejoints un jour. Et justement, le texte de Jean que nous avons lu nous rappelle que le témoignage précède les frontières confessionnelles. Avant qu’il y ait des Églises, il y a un homme qui dit simplement : « Voici l’Agneau de Dieu. » Et peut-être que notre unité commence là, dans ce geste commun.

L’Évangile ne nous donne pas une théorie du témoignage, il nous montre un homme qui le devient. Jean-Baptiste commence par dire : « Moi, je ne le connaissais pas. » Parole étonnante : le premier témoin reconnaît son ignorance. Il ne parle pas depuis une forteresse de certitudes, mais depuis un chemin. Le témoin n’est pas celui qui sait tout, il est celui qui apprend à regarder.

L’évangéliste le dit avec finesse. Il y a d’abord le regard simple qui se pose, puis le regard étonné qui contemple, enfin le regard qui reconnaît et comprend. Oui, 3 verbes différents sont employés dans ce texte, en grec, pour parler de ce que Jean-Baptiste voit ! Jean-Baptiste voit Jésus venir vers lui, il contemple l’Esprit descendre et demeurer sur lui, et peu à peu il comprend et peut dire : « Celui-ci est le Fils de Dieu. » On comprend alors que le témoignage naît d’un déplacement intérieur.

Et il commence ainsi : « Voici l’Agneau de Dieu. » Tout tient dans ce geste. Jean ne dit pas : regardez-moi. Il dit : tournez-vous vers lui. Le témoin n’attire pas la lumière sur lui, il l’oriente vers un autre.

C’est une parole essentielle pour nos Églises et pour notre monde. Le texte biblique montre que Jean-Baptiste ne commence pas par une doctrine, mais par une rencontre concrète. Il voit, il perçoit un signe, et seulement alors il parle. Le témoignage naît alors d’un événement vécu.

Dans un temps où on cherche à se rendre visible, à se montrer, dans un élan individualiste, l’Évangile place au centre un homme qui accepte de s’effacer. Être témoin du Christ, ce n’est pas défendre une religion comme une marque. Ce n’est pas réciter un catéchisme. Ce n’est pas protéger un dogme. C’est ouvrir un chemin où la lumière n’est pas mise sur nous ou nos confessions, mais sur le Christ. Et je crois que notre monde a besoin de ce déplacement, de sortir de ce « moi je, moi d’abord ».

Je me dis parfois que nous confondons témoignage et réseaux sociaux : sur les écrans on ajoute des filtres pour paraître mieux, avec l’Évangile on enlève les filtres pour être plus vrais. Le témoin, ce n’est pas une version améliorée de lui-même, c’est quelqu’un d’assez simple pour laisser passer la lumière.

Être témoin, c’est dire ce que la rencontre du Christ a fait dans nos vies : un pardon reçu, une espérance relevée, un regard transformé. Chacun et chacune trouve ensuite le lieu où il se sent nourri et accompagné, le lieu où sa relation à Dieu, aux autres et au monde devient plus belle et ainsi devient porteur d’une vie offerte.

Dorothée Sölle, théologienne allemande, l’écrit avec force : « Croire, c’est résister à ce qui détruit la vie » (Mystique et résistance. Du cri silencieux).

Le témoignage chrétien n’est donc pas d’abord un discours religieux, mais un acte pour la vie. Nous témoignons du Christ chaque fois que nous choisissons la paix plutôt que la violence, la solidarité plutôt que l’indifférence, l’accueil plutôt que le rejet.

Et cette parole rejoint notre actualité. Quand la guerre s’installe, quand des peuples sont broyés, quand la terre elle-même gémit, le témoin du Christ ne peut se contenter de mots pieux. Il est appelé à désigner l’Agneau, à désigner ce qui est Lumière pour ce monde.

Témoigner aujourd’hui, c’est apprendre à regarder autrement notre monde et révéler les lieux d’espérance plutôt que de pointer les lieux d’obscurité. À la manière de Jean-Baptiste qui dit : « Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu », le croyant parle de ce qu’il a réellement perçu, pour sa vie, de l’œuvre du Christ, et partant de là il apporte un regard qui espère, un regard qui relève, et cela ne dépend pas de notre chapelle, mais de notre témoignage personnel de la rencontre avec le Christ vivant. Jean-Baptiste ouvre un espace par son témoignage, il ouvre un chemin, et nous pouvons faire de même.

Cela prend une couleur particulière dans cette semaine de prière pour l’unité. Aucune de nos Églises ne peut dire : le Christ m’appartient. Nous sommes appelés à devenir ensemble des voix qui disent : « Voici l’Agneau de Dieu. », voici où se trouve de la lumière, de la vie, de l’espérance. L’unité ne naît pas quand l’une de nos Eglises gagne sur l’autre, mais quand toutes regardent vers le même Seigneur. Et les siècles nous montrent bien que cela peut prendre du temps, mais nous pouvons le faire !

Le chemin de Jean-Baptiste est progressif : il voit d’abord, il s’étonne ensuite, il comprend enfin. Nos vocations naissent de la même manière, à partir d’événements très concrets : une parole biblique, un visage, un engagement, une communauté, un partage. Nous passons, nous aussi, par ces trois manières de voir : le regard simple du quotidien, le regard étonné qui refuse de s’habituer à l’injustice, et le regard qui reconnaît la présence du Christ au cœur du réel.

Témoigner, ce n’est pas répéter des formules, mais raconter comment l’Évangile travaille nos vies. C’est dire : voilà ce que j’ai vu de la bonté de Dieu ; voilà comment le Christ m’a appris à pardonner ; voilà comment l’Esprit m’a donné du courage. Le témoin parle à la première personne parce que la foi est une histoire vécue.

L’Esprit que Jean voit demeurer sur Jésus nous rappelle que Dieu agit au-delà de nos cadres. Il précède nos institutions, traverse nos différences, travaille le monde avant nos discours. Cela nous rend modestes et confiants : modestes, parce que nous ne possédons pas Dieu et confiants, parce que la lumière est déjà à l’œuvre.

Frères et sœurs, nous sommes appelés à cette même vocation : non à défendre une religion, mais à désigner une présence, non à imposer un système, mais à partager une espérance, non à parler à la place du Christ, mais à laisser sa voix passer à travers nos vies.

Notre monde n’a pas besoin de chrétiens qui crient plus fort, mais de témoins qui regardent plus loin. Il n’a pas besoin de frontières religieuses mieux gardées, mais de ponts plus audacieux. Il n’a pas besoin de certitudes en béton, mais d’espérance qui met en marche et qui pointe les zones de lumière et de vie dans notre monde, qui pointe vers le Christ vivant.

Alors que notre foi et notre témoignage ne soit pas un drapeau, mais un pain partagé. Que notre témoignage ne soit pas une arme, mais une lumière. Que notre témoignage ne soit pas un discours, mais une manière de vivre.

Et, surtout, que la JOIE de l’Évangile nous mette en route, ensemble !

Amen.

 

Pasteure Sophie Ollier

Eglise Protestante Unie de Pentemont-Luxembourg