L’ÉGLISE ST IGNACE ET LA COMMUNE

En entrant dans l’église St Ignace, sur la droite, on aperçoit une chapelle des martyrs du Japon, qui contient les corps de cinq jésuites mis à mort comme otages par la Commune, les 24 et 26 mai 1871. Il était normal qu’on leur rende hommage au moment où est commémoré ce tragique épisode de notre histoire nationale.

Le 24 mai 1871, Paris livre un combat désespéré. Un tiers de la ville est en flammes : l’Hôtel de Ville, les Tuileries, le Palais Royal, la porte Saint Martin, l’Église Saint Eustache, les barricades de la rue Royale et de la rue de Rivoli…. Les combats font rage entre les révoltés de la Commune et l’armée officielle du gouvernement. Les derniers rebelles de la COMMUNE établissent leur base à la Mairie du 11è arrondissement, place Voltaire et opèrent un repli dans les quartiers populaires du Nord-Est de Paris. Des préparatifs ont lieu à Bastille, rue Saint Antoine, rue de la Roquette. On barricade les boulevards Voltaire et Richard Lenoir, la place du Château d’Eau, les rues Oberkampf, du Faubourg du Temple ou de la Fontaine au roi, les boulevards Magenta et Strasbourg, les portes Saint Denis et Saint Martin. Mais les rebelles perdent du terrain : en représailles, ils fusillent les 6 otages catholiques parmi lesquels Mgr DARBOY, archevêque de Paris, les pères Clerc et Ducoudray (source : site « Journal illustré de la Commune de Paris »).

Le 26 mai, au 85 rue Haxo, 52 personnes sont exécutées par les Fédérés (communards) sans l’ombre d’un jugement, dont les Pères jésuites Pierre Olivaint (55 ans), Jean Caubert (60 ans) et Anatole de Bengy (47 ans) (pour plus de renseignements : https://stignace.net/visite-guidee/).

Voici une lettre très touchante du père Caubert, rédigée en mai 1871 dans la prison de Mazas (Paris).

« Vous me demandez quelques bonnes paroles qui relèvent l’âme. Je souhaite que le bon Dieu vous donne les dispositions qu’il m’accorde en ce moment. Je vis au jour le jour, sans inquiétude, plein de confiance, très heureux d’accomplir ce que Dieu me demande, avec un abandon complet entre ses mains pour l’avenir, et disposé à ne rien lui refuser. Je me remets souvent devant les yeux ma vocation, qui est de prier et de souffrir pour le salut des âmes, et j’implore les bénédictions de Dieu sur Paris et sur la France. Le soutien intérieur est un don de Dieu, et cela n’empêche pas la nature de sentir quelquefois qu’elle aimerait mieux ne pas se trouver entre quatre murs. Aussi ces défaillances servent à me faire comprendre que mon courage n’est pas de moi, et que je dois en remercier Dieu, l’auteur de tout don et de tout bien. Ce qui sert beaucoup à relever l’âme dans les épreuves, c’est de penser souvent à l’amour de Dieu pour nous : que de témoignages on en trouve, quand on rentre en soi-même ! Si on n’était pas captif, peut-être (je parle pour moi) on oublierait trop facilement que la charité nous demande d’avoir compassion des pauvres pécheurs et d’offrir quelques sacrifices à leur intention. Et puis le prêtre n’est-il pas l’ami de Dieu, et, à ce titre, ne doit-il pas se dévouer pour obtenir la réconciliation de ses frères avec Dieu, le Père de tous, Père si plein de bonté et si porté à l’indulgence, quand surtout il se voit comme importuné par la prière d’un ami ? »

P. Nicolas