Dimanche 15 mars 2026 – 4e dimanche du Carême – année A
Homélie
Dans le Petit prince, de Saint-Exupéry, le renard donne une parole de sagesse au Petit prince : « Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »
En écoutant les textes bibliques d’aujourd’hui, voilà une parole qui peut faire sens : pour tous les aveugles de naissance ; pour les croyants de nous sommes, ou que nous désirons être ; pour les catéchumènes qui seront baptisés à Pâques ou pour nous-mêmes qui renouvellerons notre acte de foi à la Vigile pascale.
La Parole de Dieu vient nous poser questions, en ce dimanche du Carême :
- Voulons-nous être comme cet aveugle de naissance, illuminé par Jésus ?
- Voulons-nous être, comme pour Samuel qui doit trouver le roi, voir notre cœur sondé par Dieu pour qu’il y vérifie ce qu’il contient ? Au besoin, il pourrait éclairer notre cœur.
- Voulons-nous vivre en enfants de lumière, comme saint Paul y invite les Éphésiens ? C’est-à-dire vivre sous le signe de la bonté, de la justice, et de la vérité, et non pas sous le mal, celui que l’on fait dans le secret ?
- Voulons-nous savoir dépasser les apparences, les certitudes rapides, et ne pas être comme les pharisiens de l’Évangile ?
Mais revenons un peu à ce que vit cet aveugle de naissance dans cette longue page d’Évangile. Et la liturgie nous donne la chance d’entendre cette histoire en entier, ce qui n’est pas courant. En fait, cette histoire nous décrit ce qu’est la vie de disciple du Christ.
Notons d’abord un petit détail : Jésus est présent au début de cette histoire et on le retrouve à la fin. Mais au milieu, il n’est pas là ! Il n’y a que cet homme guéri, qui voit enfin la lumière, dont la vie est chamboulée, et qui témoigne comme il peut de ce qui lui est arrivé. Ce qui se passe pour cet ancien aveugle décrit bien la vie des disciples que nous sommes. Jésus nous laisse seuls, en nous envoyant témoigner de ce que nous avons vécu, ce que le Seigneur a fait pour moi. Ce témoignage ne peut venir que si nous avons conscience de ces merveilles, que si nous nous sommes un peu arrêtés pour voir comment Dieu fait des merveilles dans notre vie, dans notre journée, notre semaine, notre année. Saint Ignace de Loyola insiste beaucoup sur la relecture de sa vie, sous le regard de Dieu, et il a raison. C’est ce qui nous permettra de devenir disciple. Rien ne vaut la relecture de sa journée, et même chaque jour, rien ne vaut une retraite spirituelle, de temps à autre, pour relire sa vie et se laisser illuminer par le Seigneur qui était en fait présent avec nous, à l’œuvre.
Ce que vit cet aveugle nous tient en haleine, avec plusieurs rebondissements et beaucoup de tracasseries. Des tracasseries, de la part des voisins, qui doutent de son témoignage ; de la part de ses parents, qui ne veulent pas se mouiller ; mais, surtout, de la part des pharisiens, eux qui se disent très très croyants, très très pratiquants, et qui étaient du côté de ceux qui savent, et ont réponse à tout et jugent de tout.
Non, la vie de disciple du Christ, la vie de chrétien, n’est pas sans tracasserie, surtout quand il faut vivre de sa foi, vivre des transformations que le Seigneur a pu opérer en nous.
Mais, ce chemin de témoignage tortueux débouche sur quoi ? Sur un acte de foi (v. 35 et suivants) :
« Crois-tu au Fils de l’homme ? »
« Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »
« Tu le vois, et c’est lui qui te parle. »
« Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui.
Cela nous dit que la foi n’est pas d’abord ou uniquement un ensemble de connaissances, mais avant tout une relation réciproque avec Dieu, un attachement à lui, une alliance avec lui. C’est bien cette foi que vit cet homme, illuminé par Dieu. Et il la vit de tout son cœur, et même de tout son corps, en se prosternant.
La foi est une illumination gratuite : elle se joue des obstacles, des tiédeurs, des carcans ; elle est d’abord relation d’alliance.
Cet acte de foi est celui que nous vivrons à la Vigile pascale, pour que nous puissions encore mieux le vivre après notre mort, quand nous rencontrerons de nouveau le Christ ressuscité, dans l’espérance de la vie éternelle.
Alors, même si nous ne cessons de répéter avec le père d’un épileptique que Jésus rencontrait : « Viens au secours de mon manque de foi » (Mc 9, 24), que ce chemin du Carême réveille notre désir.
Un grand désir :
- de laisser Dieu sonder notre cœur, pour mieux l’illuminer intérieurement ;
- de passer à plus de lumière, celle qui nous fait voir avec le cœur ;
- de vivre un attachement plus grand, plus ferme avec Dieu, dans un amour pour lui ;
- de vivre des œuvres de lumière, comme nous y invite saint Paul.
Oui, avec ce désir, nous pourrons dire avec le psalmiste : « Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ; j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours. »
J. Guingand sj
_____________________________________________________________________________________________________________________________________
Prière universelle
Introduction par le prêtre
En ces dimanches qui nous conduisent vers Pâques, faisons monter notre prière avec plus d’insistance vers le Seigneur, pour que la lumière que son Fils veut apporter resplendisse dans le monde.
- Le Seigneur dit à Samuel : « Ne considère pas selon son apparence ».
Prions pour que ceux qui ont une responsabilité dans la société, le monde du travail ou le monde politique. Qu’ils apprennent à bien juger, non pas selon les apparences ou les premières certitudes, mais en faisant droit à la vérité de l’être humain, au fond de son cœur, et à sa dignité sans fin.
- Le psalmiste envisageait de traverser les ravins de la mort.
En ce dimanche, comme le suggère la Conférence des évêques de France, gardons, dans notre prière, les victimes de violences et d’agressions sexuelles ou d’abus de pouvoir et de conscience, au sein de l’Église. Dans le mal qui les a plongées dans une forme de ténèbres, parfois jusqu’à la fin de leur vie, que ces victimes trouvent des personnes qui les accueillent et les écoutent en vérité. Qu’elles puissent percevoir que le Christ les rejoint par sa Passion et veut les prendre dans sa lumière.
- Saint Paul disait aux Éphésiens : « Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres : elles ne produisent rien de bon ».
Prions pour la paix dans le monde. Que les dirigeants des peuples puissent garder raison. Que des prophètes de la paix puissent se faire entendre. Que les victimes des guerres, les blessés, les familles en deuils, ceux qui ont dû émigrer, trouvent un peu de paix intérieure et la lumière pour avancer.
- Jésus demandait à celui qui était aveugle : « Crois-tu au Fils de l’homme ? – Je crois, Seigneur » et ce dernier se prosterna.
Prions pour les catéchumènes, ceux qui cheminent avec l’église Saint-Ignace, ceux du diocèse de Paris, et tous ceux qui recevront le baptême à la Vigile pascale. Que le Seigneur affermisse leur foi, leur permette de vivre dans une alliance forte avec lui, et les aide à orienter toute leur vie vers son Royaume.
Prière de conclusion, par le prêtre
Dieu, qui sauves tous les hommes et ne veux en perdre aucun, écoute la prière de ton peuple et donne-lui la joie d’être exaucé. Par le Christ, notre Seigneur.