Benoît Thevenon
Saint-Ignace, à Paris, le 12 avril 2026
2e dimanche de Pâques– Année A – Première messe
La première parole de Jésus en retrouvant ses apôtres c’est : « La paix soit avec vous ! »
- C’était le salut juif habituel !
Mais quand-même… c’est une étrange salutation après tout ce que l’on vient de vivre :
- La crainte… l’angoisse des derniers mois avant l’arrestation de Jésus
- L’horreur de sa passion et de sa mort
- La nuit du jeudi, la journée du vendredi… et ce silence du samedi une fois Jésus mis au tombeau
- Est-ce que nous pouvons être dans la paix, comme si rien n’était arrivé ?
- Et nous… aujourd’hui… avons-nous des raisons d’être en paix ?
- Regardons la complexité des relations dans nos familles,
- Regardons nos vulnérabilités personnelles…
qu’elles soient physiques ou psychiques…
- Regardons les drames qui peuvent advenir dans nos communautés…
Et je ne parle pas de l’actualité géopolitique… des guerres partout dans le monde !
- Est-ce que franchement nous pouvons être dans la paix ?
Et bien… oui et non… il faut être honnête… tout dépend de quelle paix nous parlons !
Si notre paix se fonde sur l’espoir d’un avenir meilleur, il y a de forte chance pour que nous soyons déçus et que nous demeurions dans la désolation, la colère ou l’angoisse.
Il n’y a qu’à regarder en face la crise écologique qui nous attends… et elle est déjà là !
Non… il n’y a pas beaucoup d’espoir ! On ne va pas s’en sortir facilement !
Mais je ne crois pas que ce soit de cette paix-là dont nous parle Jésus !
Jésus ne nous parle pas d’une paix fondée
sur l’espoir d’un avenir meilleur,
sans souffrance…
facile !
La langue française, dans sa grande subtilité, distingue l’espoir de l’espérance.
+ L’espoir porte sur un objet précis et vise un futur.
Avec espoir, j’attends quelque chose qui n’est pas encore là.
L’espoir peut être fondé… mais il ne l’est pas toujours.
+ L’espérance, elle,
est une façon d’habiter le présent,
l’art d’accueillir les événements de l’existence tel qu’ils sont,
en gardant les yeux ouverts sur la Vie.
« La paix soit avec vous ! »
- Jésus salue ses disciples en montrant ses plaies.
Les marques de la crucifixion sont bien là, dans ses mains, ses pieds, son côté…
La résurrection ne gomme pas la mort.
- La croix demeure, elle est là, mais la Vie est possible.
Voilà le cœur de notre foi chrétienne que nous allons confesser dans un instant.
L’espérance ne sait pas si tout finira bien,
le présent est fragile… les crises sont nombreuses… mais l’espérance me souffle
qu’aujourd’hui je suis à ma place…
que la Vie est possible…
qu’un avenir s’ouvre.
Et pour cela… oui… nous pouvons être dans la paix !
non pas comme si de rien n’était, mais malgré ce qui est,
parce que cette paix du ressuscité est bien au-delà de tout ce qui peut arriver.
C’est un peu fou cette histoire !
D’autant plus que cette paix fondée sur l’espérance… il ne suffit pas de la décréter ! On ne se la donne pas à soi-même !
On la reçoit d’un autre.
Quelle précarité !
Mais… oui… c’est une grâce à recevoir !
C’est d’ailleurs pour cela que l’on distingue la foi, l’espérance et la charité – vertus théologales – des autres vertus, dites cardinales, comme la prudence, la justice ou le courage !
L’espérance, et la paix qui va avec, est une vertu théologale parce qu’elle m’est donnée.
Je la reçois de Dieu !
Mais cela ne veut pas dire qu’elle ne passe pas par celles et ceux qui m’entourent,
Car, bien souvent, c’est par eux que j’expérimente l’Amour et la présence de Dieu dans ma vie.
Ce sont mes frères et sœurs en humanité
qui bien souvent m’aide à ouvrir les yeux
pour déchiffrer les signes des temps…
voir ce qui est porteur de Vie dans ma vie !
J’ai besoin d’eux,
j’ai besoin d’une communauté,
j’ai besoin de l’Église pour m’enraciner dans la foi en la Résurrection !
C’est intéressant de noter que notre ami Thomas,
qui semble quand même un peu en difficulté pour croire ce matin,
n’était pas là la semaine dernière avec l’équipe des apôtres !
C’est ce que l’évangile nous dit en tout cas !
Alors, de fait, quand on voit l’équipe de bras cassés,
lâches, hypocrites, infidèles,
on peut comprendre qu’il est voulu prendre l’air… qu’il est pris un peu de distance…
mais du coup… ça semble un peu plus compliqué pour lui…
c’est un peu les limite du libéral !
Aussi brillant que je puisse être,
aussi limités que puissent-être celles et ceux qui m’entourent,
j’ai besoin d’eux.
Nous avons besoin les uns les autres
- pour nous affermir dans la foi,
- pour nous rendre attentif à la Vie,
- pour nous enraciner dans la Paix.
Demandons la grâce, chacun, chacune, de savoir nous disposer pour accueillir cette paix qui nous est donnée, qui nous viens d’un autre…
En nous donnant son Esprit Saint, le Seigneur nous envoi en mission, pour que, par nous nous, cette paix se répande dans le monde pour la réconciliation.