LES BÉATITUDES COMME LES ÉTAPES DE LA VIE SPIRITUELLE

Dimanche 29 janvier 2023

Je voudrais vous présenter quelques miettes d’un des plus beaux commentaires des Béatitudes, à mon avis.

Il a été écrit il y a une vingtaine d’années par un moine qui a souhaité rester anonyme. Dans sa lectio divina, sa lecture priante des Écritures, il a eu une intuition lumineuse. Il a vu que les béatitudes se répondaient elles-mêmes les unes les autres, et même on pouvait les lire comme des étapes successives de la vie spirituelle, chacune venant en son temps et permettant l’accès à la suivante. Moi-même ai été conquis par son propos, même s’il ne faut pas le rigidifier, les Béatitudes restant … les Béatitudes. Voici donc quelques miettes :

Tout d’abord : « Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des Cieux est à eux ! ». Pour Jésus, la pauvreté est la porte d’entrée de la vie spirituelle. Pas la pauvreté pour la pauvreté, mais la pauvreté pour avoir les mains vides. Nous comblons nos manques, nous le savons, par un tas de choses ou de postures, mais la clé se trouve dans l’accueil de ces manques pour accueillir la bonté de Dieu, comme dans le creux de nos mains.

La pauvreté nous conduit paradoxalement à la richesse, à la richesse des liens humains et divins, à la douceur des relations. « Heureux les doux, ils obtiendront la terre promise ! » Quand nous commençons à accepter notre propre pauvreté, nous nous surprenons à mieux accepter la pauvreté des autres. Et la douceur vient, la bienveillance du regard et des oreilles, la terre promise, la douceur d’être dans le Royaume vient, ce qui est profondément libérant.

Pourquoi Jésus proclame la béatitude des larmes juste après la douceur ? « Heureux ceux qui pleurent car ils seront consolés ! » Parce que les larmes les plus purifiantes viennent uniquement lorsque nous nous sentons aimés. Elles viennent guérir nos amours mal vécues : amours fraternelles, parentales, filiales, conjugales, et même ecclésiales.

« Heureux ceux qui ont faim et soir de la justice, car ils seront rassasiés ! »Les larmes en fait, dit le moine, conduisent à la vraie justice. Car si nous sommes affamés de justice, nous faisons chaque jour l’expérience du règne des injustices. Face à cette justice tant désirée et impossible à atteindre, il y a la miséricorde, c’est-à-dire, l’espérance qui s’engage de manière concrète et active en refusant de prendre son parti du mal, des lourdeurs et des tiédeurs. Ne pas renoncer au petit pas qui est possible dans la patience de l’amour.

« Heureux les cœurs purs car ils verront Dieu ! » Lorsque nous voulons aider quelqu’un à grandir, nous avons à l’aider, à décider, à agir, sans faire les choses à sa place, sans s’impatienter de ses lourdeurs. Et pourtant, nous avons à être auprès de cette personne, de manière active, stimulante, encourageante. Aussi, être vraiment miséricordieux conduit à travailler profondément notre pureté de cœur, c’est-à-dire le fait d’être « sans mélange ». La pureté rejoint ce que nous appelons notamment dans la tradition ignatienne, « la chasteté », le refus de posséder les autres. Cette béatitude nous ouvre tout grand les yeux car elle nous donne de ressembler -un peu- à ce que Dieu est en lui-même, au sein de la Trinité : relation dans le don plénier et l’infini respect.

« Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu ! »

La paix n’est pas seulement l’absence de guerre, dit le Concile Vatican II. Elle est le fruit de toutes les béatitudes que nous venons de commenter : le fruit de relations justes, miséricordieuses et chastes, qui viennent à la fois de nos choix et par grâce de Dieu. Jésus précise que nous sommes alors « artisans » de paix, travaillant à tirer parti de toute situation pour en faire un exercice de justice, de miséricorde et de pureté. C’est ce travail que Dieu lui-même fait pour le genre humain. C’est pourquoi nous sommes appelés fils et filles de Dieu.

La dernière béatitude est la plus longue et la plus difficile. Elle est le sommet de toutes les autres. St François d’Assise l’appelait « la joie parfaite », car s’épanouissant dans la contradiction la plus totale, s’appuyant que sur la bonté du Père, seule. Jésus et quelques saints ont été capables de la vivre. Cette joie de l’amour qui va jusqu’au bout reste un mystère, c’est pourquoi, je ne suis pas capable de la commenter plus longtemps.

Accueillons dans les jours qui viennent ce grand discours inaugural de Jésus. Une des béatitudes plus qu’une autre nous appellera davantage. Laissons-là nous rejoindre.

Et merci au frère moine, pour cette Lectio Divina si lumineuse !

Nicolas Rousselot sj