Dimanche 11 avril – Fête de la Divine Miséricorde

St Thomas, notre jumeau

(Jn 20, 19-31)

En ce 2e dimanche de Pâques, nous allons nous attacher à bien regarder l’apôtre Thomas. Nous allons nous poser tout d’abord cette question: Pourquoi donc Thomas n’est-il pas là lorsque les apôtres se retrouvent le soir de Pâques, quand Jésus leur apparaît  ? Comment se fait-il qu’il soit le seul, hormis Judas, à ne pas avoir rejoint le groupe ? Deux hypothèses font jour. Soit il s’est caché au loin, hors de Jérusalem, soit, il n’a pas eu peur des représailles, et il est resté dans les rue de la ville, par exemple à s’entretenir avec toutes ces personnes qui avaient manifesté leur joie le jour des Rameaux et qui, le Vendredi Saint , avaient conspué avec la foule le Fils de Dieu. Pour choisir entre l’une et l’autre hypothèses, nous avons quelques indices.  Thomas en effet a un caractère très fort;  réactif, il est comme fougueux. Dans l’évangile de Jean, nous nous en apercevons au moment de la résurrection de Lazare. Jésus est en train de prendre la décision de monter vers Jérusalem alors que le voyage est risqué. Les apôtres ne comprennent pas très bien ce changement de perspective. Thomas lui s’emporte, prend la parole vivement : “Allons mourir avec lui !” Certainement Pierre et les autres lui disent (ce n’est pas écrit mais on s’en doute): “Thomas, on se calme, on se calme !”

A un autre endroit, le soir du Jeudi Saint ,on retrouve son caractère très fort, cherchant toujours le vrai. Jésus est en train d’expliquer aux apôtres qu’il va mourir mais qu’il demeurera avec eux d’une manière nouvelle. Et on entend Thomas s’exclamer: “ Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment saurions nous le chemin ?” C’est un homme authentique, il veut comprendre, il n’a pas peur de “sortir du bois”. Ainsi nous pouvons mieux réaliser l’épisode de ce jour. Lorsque Thomas rencontre les apôtres pendant la semaine, ceux-ci lui disent, enthousiastes : « Nous avons vu le Seigneur! ». Sa réaction très négative, ne nous surprend pas: « Non seulement vous avez peur, mais victimes d’une hallucination, vous êtes dans une complète illusion ». Il doute et il en rajoute: “Si je ne mets pas ma main à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non je ne vous croirais pas”.

Et ce qui est passionnant, c’est que son doute catégorique, voire obstiné va donner suite à la plus belle profession de foi de tout l’Évangile. Huit jours plus tard, il se rend avec les apôtres au Cénacle et Jésus de nouveau apparaît. Et tout de suite, Jésus ressuscité vient vers Thomas. Jésus connaît intimement chacun d’entre nous. Il connaît Thomas mieux que lui-même ne se connaît. Il sait que derrière son doute obstiné, il y a un si grand désir de vérité, l’engagement d’un homme tout donné. Il croit qu’il est capable d’entrer le premier dans la nouveauté du mystère. Croire que derrière les plaies il y a le mystère de la miséricorde du Père, la puissance de faire toutes choses nouvelles. Et Thomas lui dit “Mon Seigneur et mon Dieu”. Il ne lui dit pas « Mon Seigneur, mon Jésus ressuscité. » Il est devant son maître très cher, revenu de la mort, et il confesse son Dieu. Pour un juif, dire devant un homme qu’il est « son Dieu », c’est faire un saut vertigineux. C’est le grand acte de foi de Thomas. 

Une dernière chose. Sans doute avez-vous remarqué que Jean appelle Thomas “Didyme”, c’est-à-dire “jumeau” (et il semble insister, comme si c’était à prendre en compte pour entrer dans le secret de l’histoire). Trois raisons sont possibles. La première : Thomas était appelé Didyme car il avait réellement un frère jumeau, c’était connu de tous. Puis une 2ème raison, plus symbolique : Thomas voulait imiter le Christ jusqu’à mourir avec lui, jusqu’à lui demander où il va, afin de le suivre jusqu’au bout. Enfin, 3ème raison, Jean semble dire que Thomas est notre jumeau, ou plutôt, que nous sommes les jumeaux de Thomas. Car, comme lui, nous n’étions pas présents lorsque Jésus est ressuscité. Comme lui, nous devons faire confiance à l’église. Thomas doutait fortement, mais il a choisi de faire confiance aux témoins. Il les a rejoint le dimanche suivant. Il est en effet bon de voir que le doute peut nous éloigner de la foi, il peut être un cancer dans une relation de confiance. Mais le doute peut aussi nous entrainer dans la plus belle des professions de foi. Justement, si nous faisons confiance aux témoins que Dieu met sur notre route. C’est ce que nous nous souhaitons les uns aux autres en ce 2ème dimanche de Pâques. 

Amen.

 P. Nicolas Rousselot Sj