31° Ordinaire A        Eglise Saint-Ignace Paris,     5 novembre 2023

Ml 1,14b – 2,2b.8-10 ; 1 Th 2,7b-9.13 ; Mt 23,1-12

Jacques GEBEL sj

Dans cette page de l’Evangile de Matthieu, nous sommes loin d’un Jésus « doux
rêveur galiléen » !
A la suite des controverses lues ces derniers dimanches, sur l’impôt dû à César et
sur les commandements, voici que monte en finale la colère de Jésus contre ses
adversaires qui tentaient de mille manières de le prendre en défaut pour le disqualifier,
colère ou affliction qui explosera dans les versets suivant notre page.
Si Jésus se montre patient et plein de miséricorde pour les pécheurs reconnaissant
leurs torts, il est ferme, voire violent, à l’égard de ceux qui, sous couvert de piété,
caricaturent et déforment la foi.
Jésus invite donc fermement les scribes et les pharisiens, et nous-mêmes (car les
disciples ne sont pas à l’abri de ces travers), à trois conversions.
Une première conversion est la cohérence de vie, entre les paroles et les actes.
Jésus dénonce l’hypocrisie : « Ils disent et ne font pas. » C’est le décalage entre ce
qu’on impose aux autres à cause de l’autorité qu’on exerce et ce qu’on ne s’impose pas à
soi-même. Faire soi-même ce qu’on dit, c’est là une exigence de vérité qui doit habiter tous
ceux qui sont en situation d’autorité ou de responsabilité.
Posons-nous ces simples questions : Annonçons-nous Jésus le Christ par nos paroles
et par nos actes ? Les personnes qui nous rencontrent se disent-elles en nous regardant :
« On sent bien en lui, en elle, le vivant Esprit de Jésus le Christ ! »
Une deuxième conversion consiste à retrouver l’essentiel.
Le mouvement pharisien était né d’une bonne intention : observer au mieux la Loi
divine. Mais cela se perdait dans des minuties et voulait imposer au peuple une pratique
religieuse pesante, insupportable. La Loi devenait un fardeau écrasant. Il fallait être en
règle et on ne l’était jamais ! Une pratique qui oubliait l’essentiel : on respectait le sabbat
ou la pureté rituelle, mais on oubliait l’aide nécessaire au prochain.
Posons-nous cette simple question : Notre pratique quotidienne, nos faits et gestes,
notre pratique religieuse et morale, sont-elles toujours guidées par l’amour de Dieu et du
prochain ?
Une troisième conversion tend vers l’humilité fraternelle.
Jésus dénonce la tentation de l’homme religieux qui, au lieu de servir Dieu, se sert
de Dieu et de la religion pour assouvir sa soif de pouvoir, pour asseoir sa respectabilité
sociale, ou pour répondre à son besoin de paraître, et qui se fait appeler « père » ou
« maître » (mais aussi, dans une religion « civile » : « altesse » ou « majesté »,
« monseigneur » ou « excellence », « chef » ou « patron » …), afin de se rendre supérieur
aux autres et de les rendre dépendants de son pouvoir, de son savoir, de ses compétences.
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Cette tentation peut nous guetter nous aussi. Lorsque nous ne sommes plus signes et
serviteurs de l’Evangile, mais que nous lui faisons écran. Comme cet évêque, sans doute
malgré lui, alors qu’il s’était avancé devant un petit garçon avant le début d’une
célébration de confirmation, l’interrogeant : « Sais-tu qui je suis ?… (Silence de
l’enfant…) – Mais si, tu dois le savoir ! Regarde, j’ai un bel anneau… (Silence de
l’enfant…) – Et puis, j’ai une crosse… (Silence de l’enfant…) – Et j’ai aussi une mitre !…
– J’ai trouvé ! éclate le garçon, pointant son doigt vers le prélat… Toi, t’es un
orgueilleux ! »
L’apôtre Paul a refusé de jouer au notable, de centrer les regards sur lui. S’il se
présente aux chrétiens de Corinthe comme un père qui les a engendrés dans la foi (cf. 1 Co
4,15), et aux chrétiens de Thessalonique comme une mère qui nourrit ses enfants et prend
soin d’eux, Paul renvoie sans cesse à un autre, le Christ Jésus, qu’il sait agissant dans son
activité missionnaire. Aujourd’hui, Paul, comme il le faisait pour les chrétiens de
Thessalonique, nous invite à nous exposer à la Parole de Dieu. Il sait qu’elle porte du fruit
chez celui qui l’accueille.
Posons-nous cette simple question : Sommes-nous vraiment à l’écoute de la Parole
de Dieu qui nous permet de nous situer avec justesse envers les autres, les considérant
comme des frères et des soeurs, et non comme des inférieurs ou des ignorants ?
Je vous invite aussi à relire des pages de la même eau que l’Evangile entendu, pages
écrites plus récemment.
Il s’agit des discours du Pape François aux membres de la curie romaine, à
l’occasion des vœux à la veille de Noël.
Le discours du 22 décembre 2014, qui épingle quinze maladies curiales. Parmi elles,
l’activisme, le bureaucratisme, l’indifférence, le pessimisme, la suffisance, la flatterie, le
commérage, l’hypocrisie, les rivalités, le clanisme, la mondanité et l’« Alzheimer
spirituel ».
Et le discours, un an plus tard, du 21 décembre 2015, qui propose des antibiotiques
curiaux, pour traiter ces maladies curiales.
Notons que le pape concluait ainsi son discours de 2014 : « Frères, ces maladies et
ces tentations sont naturellement un danger pour tout chrétien et pour toute curie,
communauté, congrégation, paroisse, mouvement ecclésial, et elles peuvent frapper au
niveau individuel ou communautaire. »
Priant les uns les uns pour les autres, demandons au Seigneur qu’il visite notre cœur
pour y affermir toujours davantage les nécessaires conversions :
qu’il nous centre sur l’essentiel, qui est l’amour de Dieu et du prochain ;
qu’il rende nos actes toujours davantage cohérents avec nos paroles ;
et qu’il nous aide à chercher et trouver notre juste place dans l’Eglise, notre
communauté et la société, à autoriser les autres à trouver leur juste place, et à faire en sorte
qu’elle leur soit reconnue, pour la joie et le bien de tous.

 

PRIERE UNIVERSELLE DIMANCHE 5 NOVEMBRE

 

(PDT) Trinité d’amour, nous te prions en te présentant nos intentions, sûr que tu les accueilles.

 

Père, dans les soubresauts du monde, nous nous confions encore à toi. Protège les deux peuples, Israéliens et Palestiniens. Fais que leur conflit ne s’étende pas vers d’autres régions du monde ;qu’il ne se transforme pas en conflit de religion, nous te le demandons Seigneur.

 

Seigneur Jésus, dans l’Evangile, nous te voyons particulièrement sensible dès que tu perçois chez tes interlocuteurs de la sincérité, un aveu de faiblesse ou un appel. Mais nous sommes surpris que dès que tu sens de l’hypocrisie et de l’insuffisance chez d’autres interlocuteurs. A ce moment-là,  tu n’y vas pas par quatre chemins, tu fais même preuve d’une certaine violence. Fais-nous comprendre Seigneur, ton changement d’attitude. Fais-nous comprendre à quel point tu aimes les uns et les autres. Fais-nous comprendre le sens de ta colère, 0 Jésus.

 

Nous te prions Esprit Saint.  la première session du Synode s’est achevée. Pendant un mois, 400 personnes se sont réunis loin de chez elles pour prier, pour s’écouter, parler sur l’avenir de l’Eglise. Esprit Saint ,pour le monde entier ce synode peut être une lueur dans la nuit, loin des violences verbales ou des méfaits de la pensée unique. Seigneur Esprit Saint, donne à notre église davantage de courage, de clairvoyance fidèle et de créativité. Donne la force de la prière.

 

(pdt) Trinité Sainte, Viens à la rencontre du monde en cette eucharistie pour l’habiter de ta présence, qui seule pourra le guérir de toutes ses maladies. Nous te le demandons, Dieu vivant pour les siècles des