29/10/2023 Dimanche XXX du Temps ordinaire. Ex 22,20-26 ; Mt 22,34-40

Chers frères et sœurs,

 

La question que les pharisiens posent à Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui n’est pas banale. Lorsqu’on a compilé six-cents treize préceptes à respecter, la question d’un ordre, d’une hiérarchie entre ceux-ci est pressante. Il ne s’agit pas simplement des dix commandements, que nous apprenons par cœur à la catéchèse et qui servent d’orientation pour une certaine morale minimaliste ou pour savoir ce qu’on doit dire dans la confession. Lorsqu’on doit accomplir six-cents treize injonctions et interdictions, on se demande : parmi tout cela, qu’est-ce essentiel ? À partir de quels de ces commandements on peut vivre et accomplir le reste ? Quel est, en fin de compte, le commandement le plus grand ?

Jésus ne réponds pas exactement à la question. Les pharisiens veulent savoir quel est le commandement le plus grand. Ces pharisiens aspirent à connaître un seul commandement qui condense toutes les exigences morales. Et Jésus, comme réponse, à la place d’un, en donne deux. Pourquoi deux à la place d’un ?

Si Jésus avait mentionné seulement le premier commandement qui exige l’amour total et inconditionnel à Dieu, tout en oubliant la seconde table de la Loi, celle de l’amour au prochain, on ne serait pas loin du fanatisme religieux, d’une religion prête à sacrifier les être humains sur l’autel de l’amour cruel d’un Dieu jaloux et impitoyable. Aucune religion n’est libre de cette tentation : au nom de Dieu on serait prêt à tout brûler pour que la terre soit délivré des impies, pour que le Royaume de cette idole faite à la mesure de notre agressivité et de notre violence règne sur tout et tous. La Bible connaît cette tentation-là. Le christianisme a aussi connu dans son histoire séculaire le désir de forcer la vérité, sa vérité aux autres à travers la force et la cruauté. Nous ne sommes pas immunisés contre cela. Nous connaissons combien des intégristes, des fondamentalistes encore aujourd’hui veulent imposer une vision unique, uniforme, homogène du message chrétien, tout en déqualifiant d’autres perspectives, d’autres approches, d’autres façons de vivre et d’annoncer l’Évangile.

Le Dieu d’Israël, le Dieu de Jésus, le Dieu de l’Alliance n’est pas un Dieu qui veut qu’on l’aime aux dépends de l’amour humain. Bien au contraire, il s’agit du Dieu qui met comme fondement de son Alliance la justice, surtout envers les plus démunis, les plus fragiles d’une société. Dans les paroles de la première lecture, il s’agit de l’amour envers l’immigré, la veuve, l’orphelin, le pauvre. Le premier commandement de l’amour absolu et inconditionnel à Dieu, avec tout le cœur, toute la vie, tout l’esprit, exige en même temps la justice, l’amour pour les plus petits. Nous pouvons entendre ici déjà là l’écho de ce que dira plus tard l’auteur de la Première lettre de Sain Jean (1 Jn 4,20-21) : « Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. »

D’un autre côté, à l’époque de Jésus personne n’aurait songé à proposer une réponse inverse à celle du fanatisme, c’est-à-dire, penser que le commandement de l’amour au prochain pourrait être la première et unique norme de la morale. Dieu était une évidence et le culte à Lui était une nécessité. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Nous pourrions prendre hors contexte les paroles de l’apôtre Paul dans l’épître aux Romains (Rom 13,8-10) : «  N’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel, car celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi. La Loi dit : Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas de vol, tu ne convoiteras pas. Ces commandements et tous les autres se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. L’amour ne fait rien de mal au prochain. Donc, le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour. » À partir de ces paroles, nous pourrions nous demander si aimer son prochain ne suffirait pas. L’amour au prochain pourrait alors justifier une éthique humaniste, agnostique, voire athée. Pourquoi se soucier de Dieu, alors qu’il paraît tellement lointain, alors qu’il paraît se cacher, alors qu’il ne paraît plus intervenir dans nos affaires ou même s’en soucier ? Nous pourrions nous contenter avec cet amour au prochain, en étant bienveillants, en aidant ceux qui en ont besoin, en évitant la violence. On pourrait même faire recours à un pari pascalien inversé : Si Dieu existe, il nous a donné l’amour du prochain comme norme de son amour. Alors, l’amour au prochain suffirait pour arriver au ciel, sans devoir se soucier pour le culte, l’Église, les sacrements. S’Il n’existait pas, alors on aurait évité perdre son temps. N’y a-t-il pas beaucoup de non-croyants qui sont beaucoup plus cohérents, beaucoup plus engagés qu’une multitude de croyants ? Ne sont-ils pas souvent de meilleures personnes que nous-mêmes ?

Jésus, pourtant, nous présente un double commandement, deux commandements semblables, dont « dépend toute la Loi ainsi que les Prophètes » (Mt 22,40).

L’amour de Dieu est celui qui pousse notre amour plus loin, qui nous invite à aimer ce que nous n’aimerions pas naturellement. La première lecture nous indique déjà que l’Alliance avec Dieu mène à se soucier des plus petits, de ces personnes qui finissent aux extrêmes de notre société. Et nous le voyons encore, dans nos sociétés hyper-modernes et hyper-humanistes, avec leurs lois « justes », avec leur démocratie, avec même une « rationalité » des procédures de distributions de la richesse : combien de gens ne tombent derrière dans la course pour les meilleures places ? Combien de migrants, de personnes seules, de sans abris, de malades ne peuplent pas nos villes ? Combien le chômage, la solitude, la maladie, l’échec, la violence, la faim, la guerre ne sont pas la hantise quotidienne de millions de personnes dans notre monde ?

L’amour du prochain sans l’amour pour Dieu risque de devenir une coquille vide, de belles paroles qui n’engagent à rien. Si nous restions à notre amour humain, trop humain, pourrions-nous sortir de notre égoïsme ? Serions-nous capables de regarder au-delà de notre famille, de nos amis, de notre nation, si nous n’avions pas un Dieu qui nous pousse et nous aiguillonne à regarder au-delà des cercles étroits de nos petites amours confortables ? Sans le premier commandement, le deuxième risque de se convertir en une formule de nos propres satisfactions, notre prochain étant seulement celui ou celle tout proche de notre cœur, parce qu’il ou elle nous est sympathique, aimable.

Jésus lui-même a su incarner dans son existence cette double dimension de l’amour. Épris de l’amour pour son Père, il savait passer des heures de prière pour scruter Sa volonté au milieu de ce monde, pour voir quels étaient les meilleurs moyens de faire advenir le Royaume, pour pouvoir accepter sa volonté, surtout au moment décisif de Gethsémani et du Golgotha. Et cet amour l’a poussé à aimer toujours davantage les personnes qu’il rencontra dans sa mission, ses disciples, les malades et les possédés, les prostitués et les publicains, et aussi les « justes », c’est-à-dire ses ennemis, les pharisiens, las sadducéens et les scribes. Il a aimé jusqu’à demander pardon pour ceux qui le crucifiaient. Il n’a jamais opposé ces deux amours, l’amour transcendant pour son Père Dieu le poussant à aimer ces contemporains, l’amour pour ses prochains le faisant constater la force amoureuse de l’Esprit au milieu du monde.

Prions alors le Seigneur, frères et sœurs, pour qu’Il nous apprenne à tenir ensemble ce double commandement, ces deux dimensions essentielles de notre vie humaine et religieuse, verticale et horizontale, pour qu’il nous apprenne à aimer davantage, à L’aimer dans nos frères et sœurs, à aimer nos familiers, amis et toute l’humanité en Lui.

 

  1. Vázquez García sj

PRIERE UNIVERSELLE du 30ème DIMANCHE A

 

(PDT) Seigneur, toute notre vie, nous essayons d’aimer. Mais nous pourrions aimer bien davantage. Que ton Esprit nous vienne en aide.

 

 

Seigneur, dans nos sociétés occidentales, beaucoup ne croient plus en Toi. Un certain nombre aussi finissent par ne plus croire en l’homme, en l’humain. Par ailleurs, une partie de nos frères et sœurs ne croient plus en eux-mêmes ; ou au contraire, vivent comme s’ils étaient des demi-dieux, où tout tourne autour d’eux. Que ton Esprit saint vienne nous assister

 

Avec le pape François, nous prions ce mois-ci pour l’Église en Synode. Nous prions pour que notre Eglise adopte l’écoute et le dialogue comme style de vie à tous les niveaux, envers tous, quelque soit le curseur de leurs opinions. Que ton Esprit Saint Seigneur, vienne l’assister.

 

Prions pour ceux que nous aimons beaucoup, ceux que nous n’aimons pas assez. Prions pour ceux dont nous avons du mal, voire beaucoup de mal à aimer. Nous te prions aussi pour ceux qui ont des ennemis à combattre sur leur propre sol. Que ton Esprit Saint Seigneur vienne nous assister.

 

(11h) Pour les jeunes couples ici présents, venus en session pour un discernement de vie. Que ton Esprit Saint se manifeste à eux et les assiste.

 

(Pdt) A chaque messe, ton Esprit vient nous revivifier. Qu’il vivifie aussi notre monde, par notre communue prière en cette eucharistie, Dieu vivant.