HOMELIE DE LA VEILLEE PASCALE (Mt 28, 1-10)

Nicolas Rousselot sj

Dans les récits de l’Évangile, nous ne voyons pas Jésus en train de ressusciter. C’est normal car il n’y a eu aucun témoin, cela s’est fait dans le secret de Dieu. Nous n’avons donc aucun récit et c’est tant mieux, car sa résurrection, nous y croyons mais elle nous échappe tellement ! Dans ce récit de Mathieu, nous avons les apparitions des anges ; ceux-ci sont toujours présents au moment les plus importants, quand il se passe quelque chose entre le monde de Dieu et le monde des hommes. Ici, ils apparaissent aux femmes, puis Jésus lui-même apparaît aux femmes.

Chers amis qui vont être baptisés dans un instant: rappelez-vous, combien de livres nous pouvons ouvrir pour comprendre les signes de Dieu ? Ce soir, nous privilégions le livre de la Parole et des sacrements, mais quels sont les autres livres? Nous avons abordé cette question lors de nos rencontres… Nous avons effectivement 4 livres : en premier lieu, ce livre de la Parole et des sacrements, puis le livre de notre vie, de la vie du monde ; puis le livre de la création, cette création que nous avons vue resplendir dans le livre de la Genèse. Puis nous avons le livre de l’art, le livre de la co-création entre l’Esprit de Dieu et l’inspiration des hommes : Le livre de la musique, de la peinture, de la sculpture, de l’architecture, etc., chacun pouvant à sa manière, parler de Dieu, et même parler à Dieu.

Je vous parle de tout ceci car certains peintres ont représenté l’irreprésentable, ce qu’on ne voit pas dans le livre de la Parole: la résurrection de Jésus. Parmi eux, je voudrais vous présenter un tableau très fameux de Piero della Francesca, un peintre italien du 15e siècle, ayant vécu près de Florence. Voici qu’il a médité dans sa foi.

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_R%C3%A9surrection_(Piero_della_Francesca)#/media/Fichier:Piero_della_Francesca_-_Resurrection_-_WGA17609.jpg

Au premier plan nous avons les soldats qui gardent le tombeau et qui sont profondément endormis, comme si le temps des hommes s’était arrêté, comme si le temps de la puissance des armes s’était tu. Dans un second plan, nous voyons le Christ, debout au centre de l’image. Il tient l’oriflamme de la victoire en vainqueur, sortant du tombeau. Il a vaincu la mort. Derrière lui, nous apercevons un paysage habituel du monde, un peu dans la pénombre du petit matin. Mais si nous approchons, nous apercevons quelques détails. Les arbres à notre gauche sont secs, tandis que ceux de droite sont verts. Signe qu’un changement est venu dans le monde. Ce changement, les humains n’en n’ont pas conscience : leurs habits sont sombres, comme s’ils étaient eux-aussi du côté des arbres secs. Quant au soldat qui se trouve dans la ligne de l’oriflamme, il a, disent les spécialistes, le visage de Piero della Francesca. Il aurait donc peint son autoportrait. Lui qui ose peindre le Christ ressuscité, il se voit du côté de la mort. Il est resté du côté de la mondanité comme le dirait le pape François. Malgré tous ses dons, tous ses talents, ils ne se sent pas vivant, son baptême est comme l’arbre sec.

Maintenant, demandons-nous : comment Piero a voulu représenter l’irreprésentable, Jésus ressuscité ? Le Christ nous fait face, s’imposant comme un héros grec, un Apollon. La bannière de résurrection à la main. Et surtout, il pose son genou sur le bord du sarcophage, tel un athlète qui a vaincu une bête féroce et qui pose pour la photo. Un genou avec sa main posée dessus, signe d’une puissance définitive. Mais il faut aller plus loin.

Contemplons le visage de Jésus. Il est très difficile de trouver les mots justes pour le décrire. Il nous regarde fixement, mais il n’est pas souriant, il n’a pas non plus l’air sévère, autoritaire. Il vient d’ailleurs, il est presque groggy, presqu’hagard, car il a traversé la mort! Il a vaincu mais il reste un athlète blessé, la plaie de son côté coule toujours, signe qu’il est bien vivant.

Que retenir de cette peinture très originale, hors du commun, à la fois puissante et vulnérable ? Pour ma part, elle me dit que le Christ a fait le chemin pour nous. Son visage nous dit que ce chemin fut d’une densité que nous ne pouvons pas nous imaginer. Il représente une densité, un don de soi, un amour qu’on ne peut évaluer, tellement il nous dépasse.

Chers catéchumènes, je vous propose de garder en mémoire ce visage de Jésus ressuscité, lorsque vous vous demanderez qui est celui que vous désirez suivre désormais. Amen.