FETE DU CHRIST ROI 23 NOV 25 Lc 23, 35-43
Il faut un grand acte de foi pour fêter la royauté de Jésus sur l’univers, en ouvrant les évangiles à la page où Jésus semble le plus faible. À l’approche de cette fête du Christ-Roi, il y a quelques années, j’étais avec des 6e en classe de KT et je leur posais cette question : « Quel évangile à votre avis pourrait-on choisir pour dire que Jésus est roi ? » Un garçon a levé la main : « Jésus sur la croix ». Je n’en revenais pas de sa réponse. Je lui ai demandé de préciser. Réponse : « à cause de la pancarte » .Après avoir mis un peu de temps à réaliser ce qu’il voulait dire, j’ai réalisé que ses parents lui avaient sans doute expliqué l’inscription « INRI » au-dessus de la Croix, question que que posent souvent les enfants. « Jesus Nazarénus Rex Judaeorum ».
Si vous le voulez bien, approfondissons l’intuition de cet enfant qui en fait va très loin : « A cause de la pancarte ». Reprenons le sens du « titulus » cette pancarte fixée sur la croix qui est à la fois un détail du récit, mais qui est finalement demeure un point central. En effet le « titulus damnationis » selon le droit romain, est une planchette de bois de 25 cm sur 14 cm environ, portée d’abord au cou par le supplicié, puis fixée en haut du gibet. Le droit romain exigeait que cette pancarte exprime le motif de la condamnation, à la fois pour humilier le condamné mais aussi pour avertir tous ceux qui le voyaient : « si vous faites la même chose, vous subirez le même sort », tel était le message.
Je dis « 25 x 14 » car il y a à la basilique Sainte-Croix de Jérusalem à Rome, la relique exposée du « titulus crucis ». En 1998, des paléographes d’une université israélienne ont confirmé que l’écriture de la pancarte datait du premier siècle : Les trois lignes en trois langues,araméen, grec et latin, ont été certifiés comme une graphie spéciale datant du temps de Jésus. Ensuite, a été faite une analyse au carbone 14, qui a montré que le bois était d’une époque plus récente, mais les trois lignes d’écritures avaient été minutieusement reproduites sur une nouvelle planche de bois (la première étant sans doute attaquée par les champignons ou la vermine), signe que pour les chrétiens des premiers siècles, cette pancarte était devenue très important pour eux. Ils voulaient à tout prix la conserver parce qu’à la lumière de la résurrection, ils ont réalisé que sans le savoir, Pilate avait proclamé que Jésus était roi non seulement pour les Juifs, mais pour le monde entier, ces trois langues en étant le signe. Avec les mots même qui étaient censés accuser Jésus, cette pancarte était le signe que sa dignité royale était appelée à rayonner sur le monde, un royaume inédit d’amour et de paix. Allons plus loin : c’était les ennemis de Jésus qui donnaient sans le savoir le sens de cette scène tragique de la crucifixion. Dieu le Père montrait ainsi qu’il conduisait mystérieusement les événements grâce à cette pancarte écrite de la main des méchants. Ccomme si Pilate, sans le vouloir, avait prophétisé ; comme si Caïphe, sans le vouloir avait aussi prophétisé en disant : « Il vaut mieux qu’un seul homme meurt plutôt que tout le peuple ». « Cet écriteau, écrit St Jean, bien des Juifs le lurent, parce que l’endroit où Jésus avait été crucifié était près de la ville.» (Jn 19, 20). Pour les premiers chrétiens, cette pancarte était le signe que la vérité triomphe au cœur du mal, traverse le mal, pour qui savent lire l’événement. Il fallait aller plus loin encore : ils avaient réalisé qu’on avait forcé la main à Pilate pour qu’il condamne Jésus comme un agitateur politique, comme un terroriste, un messie révolutionnaire. Normalement, il aurait dû écrire ce libellé. Mais rencontrant Jésus lors du procès, il avait réalisé qu’il était une tout autre personne qu’un Messie révolutionnaire. C’est donc par dérision que Pilate a donné l’ordre d’écrire cette pancarte, comme s’il avait dit : « on m’a forcé la main, et bien ses grands prêtes vont voir ce qu’ils vont voir. Il a fait écrire : « Jésus de Nazareth est le roi des Juifs » en trois langues. « Voilà ce qu’il en coûte à ceux qui s’imaginent avoir un autre roi que l’empereur de Rome. Ils ne veulent pas de ce roi, eh bien, le voici votre vrai roi, bien que vous le refusiez. Et il est vraiment nul, puisqu’il est complètement démuni. » C’est pour cela que dès que la pancarte fut fixée au bois de la croix, une polémique se déclencha. Les grands prêtres accoururent chez Pilate en lui disant : « Tu aurais dû écrire : ‘cet homme a dit : je suis le roi des Juifs’ et non ‘Jésus de Nazareth est le roi des Juifs. » (Jn 19,21)Pilate alors a fait cette réponse devenue célèbre : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit » (Jn 19,22), comme si lui-même se sentait dépassé parce qu’il venait de faire. Les spécialistes disent quelque chose de très intéressant : dans cette phrase célèbre, il y a une erreur grammaticale en grec car le traducteur manifestement a essayé de traduire une phrase typiquement latine qui ne peut être rendu comme tel en grec, signe que celui qui écrit l’évangile de Jean 30 ans après les événements a recueilli ou a été lui-même un témoin auditif de la réponse du préfet romain, comme si cette phrase attestant la veracité de la pancarte avait été recueilli précieusement au point de sonner encore aux oreilles des premiers chrétiens.
Ainsi, nous sommes comme l’enfant du caté, nous nous demandons le sens du « INRI » : comment cet homme cloué sur une croix peut-il être dit « roi », cet homme à demi nu, expirant dans les souffrances atroces. Comment reconnaître sa royauté ? Heureusement que le bon larron l’a reconnu : « Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume ! » Sa foi lui a donné des yeux pour voir ce que personne ne pouvait voir. Aujourd’hui une des questions essentielles, peut-être la question essentielle, est de croire que Jésus règne sur ce monde actuel. Sans être catastrophiste, nous voyons quand même les malheurs s’accumuler les uns après les autres. Cela demande un grand acte de foi, ne nous le cachons pas, pour croire que Dieu mène les événements. Nous aurons parfois besoin de signes, comme celui de la pancarte si réconfortante à déchiffrer. Peut-être pouvons-nous aussi demander au Seigneur qu’il règne davantage dans nos cœurs AMEN
PRIERE UNIVERSELLE LE CHRIST ROI DE L’UNIVERS
(célébrant) Seigneur, nous voici au moment de la Prière Universelle, nous te présentons nos demandes pour que ton Esprit vienne davantage sur le monde.
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Seigneur, merci pour cette pancarte qui voulait se moquer de toi, mais qui en fait, proclamait ta royauté d’amour! Merci de nous faire voir des signes de ta victoire au beau milieu des noirceurs et des obscurités de ce monde, nous te prions.
Seigneur, nous avons vu que le bon Larron te reconnaissait comme roi, au moment où tu semblais le plus affaibli. Nous te le demandons, viens régner davantage dans nos vies de bien-portants, comme dans nos vies de malades. Viens régner chez ceux pour qui la vie semble réussir, comme chez ceux pour qui la vie reste un parcours d’obstacle redoutable à franchir, nous te prions Seigneur.
Seigneur, plusieurs d’entre nous ont écouté jeudi soir sœur Isabelle Le Bourgeois, psychanalyste. Elle nous a confié comment elle écoute ses patients, en rejoignant le Christ qui descend aux enfers pour en remonter les captifs, avec la douceur et la persévérance éternelle qui le caractérisent. Fais de tous les chrétiens de par le monde, les agents de ton règne, spécialement là où nos frères sont les plus délaissés, nous te prions Seigneur.
(11h seulement) Nous te prions Seigneur pour les enfants du MEJ, pour tous ceux qui apprennent à bâtir ton règne d’amour, de justice et de paix. Nous te prions aussi pour les éducateurs, pour que la jeune génération se prépare à être douce et forte à la fois, nous te prions Seigneur.
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(célébrant) Seigneur, que ton règne vienne ! Nous te le demandons une fois encore en cette eucharistie, la dernière de l’année liturgique, comme un vœu spécial, Dieu vivant pour les siècles des siècles.