Chemin de Croix à Saint-Ignace – 19 avril 2019

Méditation de Henri Aubert, sj,

d’après un texte de Pablo Cervera Barranco

(publié dans Magnificat, Hors-Série n°40, 2015 et sur site-catholique.fr)

Introduction
Nous nous arrêtons au milieu de la journée… Depuis hier, nous accompagnons Jésus sur ce chemin qui le mène à la mort sur la croix. Nous avons essayé de ne pas dormir et de rester prier avec lui… Et en même temps depuis quelques jours nous avons l’image d’une cathédrale dévastée devant nous… Dans notre cœur ces images de feu et de cendres, avec les sirènes des pompiers, sont le signe, posé mystérieusement en début de Semaine Sainte, de tout ce que vit le monde et l’Eglise… Ces sirènes sont celles des ambulances qui conduisent les malades et les mourants, ce sont les crépitements des armes à feu, les cris, les pleurs et les peurs de tant d’êtres humains… Sur le chemin de la croix, nous emportons le monde avec nous, avec ses violences, ses guerres, ses drames… Nous venons ici avec toute la rumeur du monde dans nos oreilles, avec ce que charrient inlassablement les journaux, les télévisions, les réseaux sociaux, avec toute la misère du monde dans les yeux, la tristesse du monde dans le cœur… Sur le chemin de la croix nous marchons avec Jésus, et lui marche avec ces hommes et ces femmes, de tous les horizons de la terre, que nous emportons avec nous… Recueillons-nous en silence…

1ère station. Jésus est condamné à mort
Le grand prêtre l’interrogea de nouveau : « Toi, es-tu le Messie, le Fils du Béni ? » Jésus lui dit : « Moi JE SUIS… et vous verrez le Fils de l’homme siégeant à la droite de la Puissance et venant avec les nuées du Ciel. » Alors le grand prêtre déchira ses vêtements et dit : « Quel besoin de témoins encore ? Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous ? » Et tous le condamnèrent à mort. (Marc 14, 61-64)
Jésus se livre volontairement à la mort. Il donne sa vie pour ses amis. Son amour « fait front », il n’est pas que belles paroles. Sainte Thérèse disait qu’on ne peut pas aimer seulement en paroles celui qui nous a aimés de tout son être, en nous donnant sa vie. Jésus-Christ, condamné à mort comme un agneau conduit à l’abattoir (Is 53, 7), nous montre comment vivre. Au-delà des événements, au-delà de l’apparente injustice, des arrangements humains, lui, voit le dessein du Père : La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ? (Jn 18, 11)
Regardons et contemplons Jésus quelques instants…
Seigneur nous te prions.
Seigneur, je suis faible, je vis dans une civilisation de mort faite de crime, de guerre, de peine, de drogue… Comme tu le vois, Seigneur, notre monde aussi est condamné à mort. Merci, Seigneur, parce que toi qui es la vie, tu nous offres la civilisation de la vie, de l’amour. Elle commence au cœur de chaque homme, quand il en arrache le péché et l’obscurité. Mon Dieu, seul, je ne puis rien, aide-moi à être vainqueur du mal par le bien. Vivre loin de toi, ce n’est pas vivre. Aide-moi à faire front avec toi dans la lutte contre tout ce qui n’est pas la vie.

2ème station. Jésus est chargé de sa croix
Alors les soldats du gouverneur, emmenant Jésus dans le prétoire, rassemblèrent autour de lui toute la cohorte. Ils le dévêtirent et lui mirent un manteau écarlate ; avec des épines ils tressèrent une couronne qu’ils lui mirent sur la tête, ainsi qu’un roseau dans la main droite ; s’agenouillant devant lui, ils se moquèrent de lui en disant : “Salut, roi des Juifs !” Ils crachèrent sur lui et, prenant le roseau, ils le frappaient à la tête. Après s’être moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau et lui remirent ses vêtements. Puis ils l’emmenèrent pour le crucifier. (Matthieu 27, 27-31)
Jésus qui porte sa croix, c’est le Bon Berger qui porte l’humanité. Par sa croix, il donne la vie et il en prend soin. Sur la croix, le Christ vient accomplir la volonté du Père. Jésus avait dit à ses disciples : « La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée. Mais quand l’enfant est né, elle ne se souvient plus de sa souffrance, toute heureuse qu’un être humain soit venu au monde » (Jn 16, 21). Jésus souffre avec la certitude qu’il donnera au monde de nouveaux enfants, engendrés dans la douleur et dans l’amour de sa Passion et de sa résurrection.
Regardons et contemplons Jésus quelques instants…
Seigneur nous te prions.
Seigneur Jésus, aide-moi à accepter ma croix – même s’il m’en coûte de la porter – et à voir celles qui pèsent sur ceux qui m’entourent. Le trésor caché dont tu parles se dévoile peut-être dans ma capacité à savoir porter la croix dans la paix et la sérénité. J’accepte, Seigneur, ma croix. Je sais qu’il n’est pas une de nos croix que tu n’aies fait tienne. Je te rends grâce car la douleur me fait grandir en humilité et m’ouvre davantage aux autres.

3ème station. Jésus tombe pour la première fois
À pleine voix, je crie vers le Seigneur ;
à pleine voix, je supplie le Seigneur.
Je répands devant lui ma plainte,
devant lui j’expose ma détresse.
Quand je suis à bout de souffle,
c’est toi qui sais où je vais :
sur la route où je marche,
on m’a tendu un piège.
Regarde à droite et vois :
personne qui me reconnaisse !
plus de refuge pour moi,
personne qui ait souci de ma vie ! (Psaume 142, 2-5)
Ici Jésus commence l’offrande de sa Passion : « Me voici, je suis venu pour faire ta volonté » (He 10, 9). Il aime avec un cœur humain et vit jusqu’au bout car il a pris la condition de serviteur et sa vie, personne ne la prend, il la donne. Il tombe car l’amour, toujours, se fait faiblesse ; amour de faiblesse, incompréhensible et scandaleux pour les Apôtres. Nous ne le comprenons pas mieux ! Dieu aime avec miséricorde. En Jésus-Christ, image de son amour aimant, il donne son cœur. Il est faible car il ne peut cesser d’aimer.
Regardons et contemplons Jésus quelques instants…
Seigneur nous te prions.
Seigneur, si nous ne nous consumons pas d’amour, le monde mourra de froid ! J’ignore ce que c’est qu’aimer. Fais-moi comprendre qu’il s’agit d’autre chose que de simples émotions ou sensations, qu’aimer ce n’est ni profiter de l’autre, ni échanger un plaisir égoïste. Dis-moi qu’aimer c’est me relever de mes chutes. Seigneur, lorsque je te contemple à terre, je te sens proche de nos chutes. Apprends-moi à aimer comme toi.

4ème station – Jésus retrouve sa mère
J’ai ouvert à mon Bien-aimé,
mais tournant le dos, il avait disparu !
Sa fuite m’a fait rendre l’âme.
Je l’ai cherché mais ne l’ai point trouvé.
Je l’ai appelé, mais il n’a pas répondu !
Les gardes m’ont rencontrée,
ceux qui font la ronde dans la Ville.
Ils m’ont frappée, ils m’ont blessée,
ils m’ont enlevé mon manteau,
ceux qui gardent les remparts. (Cantique 5, 6-7)
Marie est présente dans les moments clés de la vie du Christ – Bethléem, Nazareth, Cana, le Calvaire. Elle est mère, disciple, croyante, et fait totalement confiance au dessein du Père. Elle a partagé entièrement la vie de son fils. Elle est là sur le chemin de la Croix. Pour aimer, il faut absolument être près de la croix, s’associer à l’œuvre de salut du Christ. La jeune femme de Nazareth est la femme croyante qui se donne corps et âme aux projets de son fils. C’est pour cela que son âme est transpercée. Son amour est plus fort que la douleur. Image idéale du chrétien, elle s’ouvre à la Parole et une épée la transperce ; elle donne sa vie sur le chemin de la croix.
Regardons et contemplons Jésus quelques instants…
Seigneur nous te prions.
Seigneur Jésus, je suis sur le Calvaire, je n’ai d’autre pain que mes larmes, le jour, la nuit (Ps 41, 4). Que puis-je faire ? Dieu, si humain en Jésus, par ta mère qui est aussi la mienne, tu m’as montré la fidélité, vécue avec simplicité dans la profondeur de la foi. Je te rends grâce pour ce chemin de croix qui me permet de comprendre qu’en Marie j’aurai toujours près de moi la présence maternelle de celle qui a vécu de la foi, de l’espérance et de la charité.

5ème station – Simon de Cyrène aide Jésus à porter la croix
Comme ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène qui venait de la campagne, et ils le chargèrent de la croix pour la porter derrière Jésus. (Luc 23, 26)
Pascal a écrit que « Jésus est en agonie jusqu’à la fin des temps. » En effet, le Christ prolonge sa Passion et sa résurrection, c’est-à-dire l’œuvre du salut, à travers l’Eglise. Ainsi souffre-t-il à travers la chair des chrétiens. Il se donne dans chaque chrétien qui s’offre en s’identifiant à lui. Sans le savoir, Simon de Cyrène inaugurait le chemin de ceux qui, tout au long de l’histoire, s’associent au Seigneur pour prolonger l’œuvre de la rédemption. En se laissant aider, Jésus, unique Rédempteur, montre que l’œuvre de la rédemption s’accomplit dans nos vies lorsque nous accueillons ce qui reste à souffrir des épreuves du Christ (Col 1, 24).
Regardons et contemplons Jésus quelques instants…
Seigneur nous te prions.
Jésus, je suis en permanence tenté de croire en « l’agir » plutôt qu’en « l’être ». Par toi, je réalise qu’aimer c’est donner sa vie. Etre cyrénéen ce n’est pas faire la couverture d’une revue, être reconnu dans les restaurants à la mode ou avoir son nom écrit en lettres lumineuses sur les affiches de la ville. Aimer, c’est tellement simple ! Aimer, c’est se donner tout entier et être humble à l’image de Jésus qui accepte l’aide d’un autre.

6ème Station – Sainte Véronique essuie le visage de Jésus
Seigneur, écoute mon cri d’appel !
Par pitié, réponds-moi !
Je pense à ta parole :
“Cherchez ma face !”
Je cherche ta face, Seigneur.
Ne me cache pas ta face ! (Psaume 27, 7-9)
La contemplation du Christ au Calvaire nous donne du courage. Véronique, la première de l’histoire est restée pénétrée de la beauté de celui dont elle a contemplé un instant le visage altéré. Elle a franchi les barrières pour s’approcher de lui. Elle ne craignait ni le jugement des hommes, ni le ridicule. C’est le visage souffrant de l’humanité qu’elle contemplait sur le visage défiguré de Jésus. Elle savait que l’on est proche de Dieu, si l’on est proche de ses frères. Voir la souffrance l’a fait sortir d’elle-même et elle a trouvé la Terre promise en la personne du Seigneur. En retour, le Christ a gravé son image sur son cœur.
Regardons et contemplons Jésus quelques instants…
Seigneur nous te prions.
Seigneur, je suis souvent hypocrite. Dans ma vie de tous les jours, je n’ose pas défendre ton Evangile. Pourquoi, Seigneur, suis-je silencieux quand je devrais témoigner de ma foi ? Cette femme attentive m’aide à être vaillant. Elle t’a vu, a été émue et son émoi l’a jetée à ta rencontre avec une confiance absolue. Permets qu’à son exemple, je trouve en toi le trésor de ma vie.

7ème Station – Jésus tombe pour la deuxième fois
Ma vie est saturée de malheurs
Et je frôle les enfers.
On me compte parmi les moribonds ;
me voici comme un homme fini,
reclus parmi les morts,
comme les victimes couchées dans la tombe,
et dont tu perds le souvenir
car ils sont coupés de toi. (Psaume 88, 4-6)
Dieu s’est fait faible ! Les chutes de Jésus sur le chemin du calvaire sont la preuve que Dieu est devenu semblable aux hommes par amour ; Dieu, dans le Christ, a revêtu sa force de faiblesse. Nous ne pourrons plus dire que la faiblesse nous empêche de venir à lui, puisque c’est la voie qu’il a choisie pour s’approcher de nous. Comment craindre un Dieu qui se fait faible et dont l’amour le fait « tomber » pour nous rejoindre ?
Regardons et contemplons Jésus quelques instants…
Seigneur nous te prions.
Je suis, Jésus, tout craintif devant toi. Tous les obstacles, toutes mes chutes sont des prétextes pour ne pas aller de l’avant. Au fond, je préfère rester au sol qu’arriver au but. Jésus, viens à mon aide ! Je voudrais tant te suivre, et partager ta souffrance en chacun de mes frères et de mes sœurs souffrant. Mais Je suis préoccupé de moi-même. Au plus profond de mon cœur je n’y arrive pas. Donne-moi Seigneur, de faire ce que je peux et, par ta grâce, de faire le bien que je ne veux pas.

8ème station – Jésus console les femmes de Jérusalem
Il était suivi d’une grande multitude du peuple, entre autres de femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. Jésus se tourna vers elles et leur dit : “Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants”. (Luc 23, 27-28)
Jésus s’arrête sur le chemin. Il n’est pas indifférent aux lamentations des femmes de Jérusalem. Il accueille leurs larmes… mais il veut qu’elles jaillissent d’un cœur qui s’attendrit. Il ne veut pas que nous restions en dehors de l’événement, dans la compassion facile. Dieu accepte toujours les larmes. Le Christ demande à ces femmes de vivre dans la vérité, de quitter leur vie superficielle. Le chemin de croix exige que l’on se défasse de tous les mensonges, de toutes les incohérences qui nous empêchent d’aller au fond des choses. Gardons à l’esprit que nous allons être jugés sur l’amour, l’amour vécu dans la vérité.
Regardons et contemplons Jésus quelques instants…
Seigneur nous te prions.
Seigneur, je parle mais mon cœur n’est pas présent. Je pleure au lieu de vivre, je me plains au lieu d’agir. Je suis comme ces femmes qui te regardent de l’extérieur : je m’approche de toi, mais je ne m’identifie pas à toi. Je te cherche, mais je me fatigue vite. Je t’aime, mais pas comme tu le désires. Donne-moi la force de vivre avec cette force qui est en toi, pour pleurer sur mes péchés avec une confiance infinie en ta miséricorde. Donne-moi d’être solidaire de mes frères humains, de reconnaître mon péché et de me remettre en route avec eux.

9ème station – Jésus tombe pour la troisième fois
Dieu, sauve-moi :
l’eau m’arrive à la gorge.
Je m’enlise dans un bourbier sans fond,
et rien pour me retenir.
Je coule dans l’eau profonde,
et le courant m’emporte. (Psaume 69, 2-3)
S’il tombe pour la troisième fois, c’est que le Christ se livre à la mort dans toute sa fragilité, avec toutes les conséquences que cela implique. Pour pénétrer ce mystère d’amour, rappelons-nous qu’à Gethsémani Jésus est déjà tombé à terre. Alors qu’il s’offre avec toute la passion de son cœur, Jésus se heurte à l’incompréhension des hommes et au rejet de son amour. L’Amour se donne jusqu’à « tomber à terre » tandis que l‘humanité, qui n’a pas reconnu l’Amour, le méprise et le rejette.
Regardons et contemplons Jésus quelques instants…
Seigneur nous te prions.
Jésus, mon cœur saigne de te voir tomber pour la troisième fois. Ta faiblesse qui est la mienne, me fait honte et je m’endurcis pour ne pas te suivre. Marcher vers toi, c’est prendre le chemin de l’humilité, de la pauvreté, de l’anéantissement que tu as choisi. Seigneur, nombreux sont les hommes et les femmes qui aimeraient que l’inclination au péché disparaisse de leur vie, mais ils se découragent lorsqu’ils tombent. Malgré tout, je découvre que, peu à peu, tu transformes ma vie lorsque j’accepte ma faiblesse.

10ème station – Jésus est dépouillé de ses vêtements
Lorsque les soldats eurent achevé de crucifier Jésus, ils prirent ses vêtements et en firent quatre parts, une pour chacun. Restait la tunique ; elle était sans couture, tissée d’une seule pièce depuis le haut. Les soldats se dirent entre eux : “Ne la déchirons pas, tirons plutôt au sort à qui elle ira.” C’est ainsi que s’accomplit l’Écriture : “Ils se sont partagé mes vêtements, et ma tunique ils l’ont tirée au sort”. (Jean 19, 23-24)
Donner sa vie, c’est la donner en pauvreté, en simplicité et en abandon. A présent, Jésus est dépouillé de tout : sa tunique, son prestige, ses amis et sa mère. Il se retrouve nu, comme le jour de sa naissance. Celui qui a dit : Bienheureux les pauvres, est lui-même le Pauvre mendiant la miséricorde. Le Christ cache sa divinité pour manifester l’homme dans toute sa nudité. Sur le Calvaire, il ne parle pas, il ne récite pas les Béatitudes, il les accomplit totalement. Il est le « Bienheureux », le pauvre, le cœur pur, celui qui pleure, qui souffre, qui a faim et soif de justice. Sa pauvreté devient alors richesse pour les hommes.
Regardons et contemplons Jésus quelques instants…
Seigneur nous te prions.
Jésus, mon ami, mon compagnon, aide-moi à devenir pauvre pour n’avoir – comme toi – que l’amour des autres comme unique richesse dans ma vie. Fais que je me laisse épouiller et qu’une fois débarrassé du superflu, la sève de ta vie circule dans tout mon être. Ne permets pas que je succombe à la tentation de croire en la force facile du divertissement, du pouvoir, de l’argent et du succès.

11ème Station – Jésus est attaché à la croix
L’un des malfaiteurs crucifiés l’insultait : “N’es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même et nous aussi !” Mais l’autre le reprit en disant : “Tu n’as même pas la crainte de Dieu, toi qui subis la même peine ! Pour nous, c’est juste : nous recevons ce que nos actes ont mérité ; mais lui n’a rien fait de mal.” Et il disait : “Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras comme roi.” Jésus lui répondit : “En vérité, je te le dis, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis”. (Luc 23, 39-43)
Dans la Bible, les israélites mordus par les serpents étaient guéris en regardant l’étendard que brandissait Moïse. En contemplant le Christ crucifié, nous guérissons de nos maladies. Le venin du péché ne peut rien si nous nous laissons regarder par le Sauveur. Le Christ, cloué sur la croix est le bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis ; il est le baiser du Père à tous les fils prodigues. Contempler Jésus crucifié c’est tenter de comprendre, comme il l’a dit, qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime (Jn 15, 13).
Regardons et contemplons Jésus quelques instants…
Seigneur nous te prions.
Père, apprends-moi à regarder avec les yeux du Christ, à me laisser pénétrer d’une beauté plus grande que celle du monde. Livrer sa vie, s’offrir avec simplicité, servir avec le sourire, espérer avec patience, profiter des choses de tous les jours, serrer les mains, ne juger personne, aimer sans frontière… voilà, Seigneur, la vraie beauté, celle qui dure toujours et ne s’érode pas avec les années, celle que tu m’as montrée à travers ton Fils bien-aimé.

12ème Station – Jésus meurt sur la croix
Jésus poussa un grand cri ; il dit : “Père, entre tes mains je remets mon esprit.” Et, sur ces mots, il expira. (Luc 23, 46)
Saint Jean voit dans le Christ cloué sur la croix la source du salut, l’eau vive qui ne cesse de jaillir et qui féconde celui qui s’en approche. Nous ne pouvons contempler le Christ mort sur la croix sans ressentir le frémissement de celui qui écoute une déclaration d’amour. Le Christ mort sur la croix, c’est la déclaration d’amour de Dieu. Son côté transpercé dévoile une intériorité qui n’occulte ni ne dissimule aucun secret. La croix nous révèle que la source d’amour jaillie du cœur du Christ est l’expression de la tendresse du Père. Il n’existe aucune croix qu’il n’ait connue et portée auparavant dans son cœur, ce lieu intime que la lance a transpercé.
Regardons et contemplons Jésus quelques instants…
Seigneur nous te prions.
Seigneur, je viens devant toi et je veux te contempler sur la croix, te reconnaître dans chacun de mes frères qui souffrent. Tu as dit qu’aimer c’est donner sa vie et tu montres l’exemple par ton abandon et ta mort sur la croix. Je te rends grâce au nom de toute l’humanité, car tu es un Dieu proche, tu es Dieu-avec-vous jusqu’à la fin des temps. Je te rends grâce parce que tu t’approches de nous chaque jour, discrètement, mais avec la force impétueuse de ton amour, ton amour sauveur manifesté sur la croix.

13ème Station – Jésus est déposé de la croix et remis à sa mère
Alors survint un homme du nom de Joseph, membre du conseil, homme bon et juste : il n’avait donné son accord ni à leur dessein, ni à leurs actes. Originaire d’Arimathée, ville juive, il attendait le Règne de Dieu. Cet homme alla trouver Pilate et demanda le corps de Jésus. Il le descendit de la croix… (Luc 23, 50-53)
Marie embrasse son fils mort. Elle croit et elle adore le mystère dont Dieu l’a enveloppée. Elle sait que Bethléem et la Croix se rejoignent dans l’obéissance de la foi. Son cœur de mère est déchiré par l’affront qu’a subi son fils. Marie recevant son fils au pied de la croix est l’image de l’Eglise. La foi de Marie engendre l’Eglise, le nouveau peuple de Dieu, comme la foi d’Abraham avait autrefois engendré le peuple des croyants. Elle est le modèle de ce que l’Eglise entières aspire à être. En s’ouvrant totalement à la Parole et en acceptant le dessein du Père, elle s’associe à la rédemption du monde.
Regardons et contemplons Jésus quelques instants…
Marie, mère de Jésus, nous te prions.
A ton image, je veux être transformé par le Saint-Esprit et vivre avec fidélité le chemin de la croix. Toi, qui t’es tenue debout au pied de la croix viens à notre secours et prie pour nous « maintenant et à l’heure de notre mort ». Mère de Dieu et mère des hommes, donne-nous le courage de l’obéissance de la foi, le désir de la pauvreté et de vivre la chasteté du cœur comme plénitude de la force de l’amour.

14ème Station – Jésus est déposé au tombeau
Prenant le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul propre et le déposa dans le tombeau tout neuf qu’il s’était fait creuser dans le rocher ; puis il roula une grosse pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. Cependant Marie de Magdala et l’autre Marie étaient là, assises en face du sépulcre. (Matthieu 27, 59-61)
Le Christ sur la croix, c’est la Parole muette et silencieuse du Père. Le Christ au tombeau, c’est le silence de Dieu qui éclate : Parole vivante que jamais personne ne pourra faire taire. Jésus l’avait annoncé : il faut que le grain de blé meure pour porter du fruit. Il est, lui, le fruit éclos sous l’amour du Père et mûri au feu ardent de l’Esprit. Certains chrétiens s’arrêtent à cette station, au tombeau. Leur foi ne dépasse pas l’émotion du Vendredi saint. Nous devons affirmer haut et fort que c’est uniquement dans la résurrection du Christ qu’il est possible de comprendre et d’accepter le mystère de la croix. Parce que le Christ est la Vie, la mort n’a plus de pouvoir sur lui (Rm 6, 9). Son silence fécond s’offre comme une réponse à toutes les interrogations des hommes.
Regardons et contemplons Jésus quelques instants…
Seigneur nous te prions.
Seigneur, je vis plongé dans le bruit, j’ai peur de me retrouver seul, j’ai peur du silence. Aide-moi à entendre que c’est, justement, dans ton silence éloquent que tu communiques ta Parole. J’ai tant besoin d’écouter ! Savoir que tu vis caché au fond de moi-même, que tu es présent dans cela même que je prends pour ton absence… Seigneur, apprends-moi à vivre de ton amour pour mieux aimer ceux qui sont à mes côtés en leur faisant, comme toi, le don silencieux de ma vie.