Les jésuites dans le monde

En janvier 2015:  16 800 jésuites

Répartis dans 128 pays, et regroupés en 104 provinces avec 753 novices et 2733 étudiants.

Les jésuites sont 5 000 en Europe (449 en France),

1 500 en Afrique,

5 300 en Amérique,

5 600 en Asie-Pacifique.

 

nicolas adolfo small

Leur supérieur général, le père Adolfo Nicolás, réside à Rome, tout près du Vatican. Le 2 octobre 2016 se réunira à Rome la 36e Congrégation générale de la Compagnie de Jésus.

Celle-ci devra élire son 31e Préposé général et faire le point de son état dans le monde.

Depuis mars 2013, le pape (Pape François) est pour la première fois originaire de la Compagnie de Jésus : il était jusqu’alors archevêque de Buenos Aires.

En France

En janvier 2015, les jésuites sont 449 en France, dont une centaine originaires d’autres pays (la plupart en formation), avec 9 novices et 70 étudiants. Notons que 228 jésuites vivent dans la région parisienne.

Les jésuites, des religieux pour aujourd’hui.

Conférence donnée par le Père Philippe Lécrivain, jésuite le samedi 11 novembre 2015 au centre Sèvres pour les portes ouvertes de la Journée de la Vie Consacrée). Pour lire et imprimer le texte ci-dessous en PDF, cliquez-ici.

La Compagnie a vu ses effectifs diminuer de moitié en l’espace de cinquante ans. D’autre part, si les jésuites demeurent plus nombreux en Europe qu’en Asie, ils y sont bien plus âgés.

Lors de la future Congrégation générale, les délégués auront bien sûr tous ces chiffres à l’esprit quand ils éliront le nouveau Préposé général dont la tâche est définie dans nos Constitutions. Il doit être « responsable de tout le corps » et « se consacrer au bien universel », et, pour cela, il doit demeurer en état permanent de discernement.

Nous avons là l’un des secrets de la Compagnie de Jésus. Les jésuites, façonnés par les Exercices spirituels, et enracinés dans le monde, sont appelés, jour après jour, à inventer leur identité pour une gloire de Dieu toujours plus grande.

C’est cela que nous allons maintenant vérifier. Nous allons interroger Ignace sur les choix qu’il a eus lui-même à faire. Puis nous nous arrêterons aux débuts des XVIIe et XIXe siècles pour considérer comment les choix d’Ignace ont été alors interprétés. Tout ceci devrait nous aider à mieux comprendre comment aujourd’hui, dans la fidélité à Ignace, les jésuites ont encore à inventer leur identité.

1. Les choix d'Ignace de Loyola

Selon leur vœu fait à Montmartre en 1534, Ignace et ses compagnons se sont mis à la disposition du pape qui déjà leur a confié des missions à Rome, en Italie, et plus loin encore. Mais une question se pose à eux : Doivent-ils demeurer unis ?

Tout en continuant à prêcher sur les places et à servir dans les hôpitaux, ils débattent de mars à juin 1539. Une conviction s’approfondit chez tous. Leur rencontre est le fruit d’une initiative providentielle et, s’ils veulent y être fidèles, ils doivent demeurer unis, rendre obéissance à l’un d’entre eux et se constituer en ordre religieux. Ignace rédige alors un document pour exposer au pape cette manière de vivre et la proposer à son approbation. Ce texte, approuvé par Paul III, pose questions à quelques cardinaux qui redoutent sa nouveauté. Mais finalement la Compagnie de Jésus est fondée en 1540 par bulle Regimini Militantis Ecclesiæ qui s’achève par ces mots : « En avant donc, Fils bien-aimés dans le Christ ! Suivez votre vocation, là où vous conduit le Saint Esprit, et désormais dans la Vigne du Seigneur, avec la protection de ce Saint-Siège, travaillez courageusement comme de bons vignerons, sous le regard favorable de Notre Seigneur Jésus Christ qui vit et règne avec le Saint Esprit, Dieu pour les siècles des siècles. Amen » Très rapidement, les champs apostoliques de la Compagnie se diversifient. Alors que Pierre Favre meurt sur la route de Trente et François Xavier aux portes de la Chine, Manuel de Nóbrega se dépense au Brésil et João Nuñez Barreto en Éthiopie. Mais bien d’autres jésuites n’ont pour désir que d’aider les âmes, certains le font par des prédications populaires et le service des pauvres, d’autres en participant à la formation de la jeunesse. Des collèges sont fondés à Goa, Messine, Rome, Vienne, São Paulo, Luanda et bientôt Istanbul et Fribourg. Quoi qu’il soit, c’est la gloire de Dieu, poursuivie en « toute chose », qui est le ressort intérieur des grandes entreprises comme des humbles efforts. Telle est l'expression dernière du dynamisme apostolique d'Ignace, l'idée directrice qui a fait naître la Compagnie de Jésus et qui en commande, jusqu'au dernier détail, son caractère essentiellement missionnaire. Mais, à l'intérieur comme à l'extérieur de l’Ordre, Ignace rencontre des oppositions. Le genre de vie qu'il propose est audacieux. Certains. le voudraient plus marqué par des pratiques religieuses ; d'autres vivent mal la disponibilité qu'implique la mobilité apostolique et hésitent à se rendre là où un bien plus universel les appelle. Face à ces critiques que cristallise le pape Paul IV en 1555, Ignace défend ce qu'il appelle « notre mode de procéder » et, par-dessus tout, la « liberté spirituelle » qu'il a choisie comme règle pour les Compagnons. Si Ignace n'hésite pas à laisser partir ses compagnons, au loin et parfois seuls, il fait tout pour que les liens que l'expérience spirituelle des Exercices a créés entre eux restent vivants. Dans les Constitutions, Il consacre tout une partie des Constitutions pour expliquer que ce qui qualifie les jésuites n’est pas d’être dispersés, mais de savoir garder « l’union des cœurs » dans la dispersion.

2. La Compagnie à l'épreuve du temps

Comme je l’ai dit, je vais m’arrêter à deux moments difficiles de notre histoire, les débuts du XVIIe et du XIXe siècles. Ce sont les généralats de Claudio Aquaviva (1581-1615) et de Jan Philip Roothaan (1829-1853).

Les choix d’un héritier tourmenté

Élu Préposé général en 1581, Claudio Aquaviva le demeura jusqu’en 1615. De ces années, on se souvient surtout des aventures missionnaires et des envolées mystiques, oubliant que la Compagnie traversa alors des moments difficiles. Le temps des premiers compagnons était loin désormais et leurs héritiers devaient faire face à de fortes incompréhensions.

En Espagne, certains, soutenus par les papes Sixte-Quint et Clément VIII, exigeaient une réforme de l’Ordre, c’est-à-dire son hispanisation. En France la situation n’est pas meilleure. Deux factions s’opposent : les uns acceptent que le royaume soit pluriconfessionnel (catholique et protestante) ; les autres, soutenus par l’Espagne, le refusent. Les 5e et 6e Congrégations générales, réunies en 1593 et 1608, interdisent aux jésuites toute immixtion en politique et soulignent l’importance de l’union des cœurs

Une enquête lancée en 1603 montre combien il est devenu difficile de parler da la « vocation à la Compagnie », de son « esprit » et de ses « manières de procéder ». En effet, un demi-siècle après la mort d'Ignace, deux camps s'affrontent dans la Compagnie : il y a ceux qui désirent exercer des ministères plus sécularisés, et ceux qui, au contraire, souhaitent leur donner une dimension mystique. À tous le Préposé général rappelle qu'être jésuite, c’est d’abord suivre le Christ à la manière d’Ignace.

Aquaviva précise alors ce que doit être la prière dans la Compagnie et la manière dont doivent être faits les Exercices spirituels. Il établit, dans le Ratio studiorum, la façon dont les jésuites doivent être formés. Il règle enfin la vie à l’intérieur des maisons. Pour fonder ce dispositif législatif, le Préposé général rappelle développe trois points essentiels : la perfection, la charité et l'apostolat, notant que les deux premiers ne peuvent que s’accomplir dans le troisième.

En effet si, dans sa lettre de 1586, Aquaviva traite de la perfection et de la charité, en 1590 et 1594, il parle des missions, n'hésitant pas à proclamer que ceux qui y sont appliqués réalisent pleinement leur vocation de jésuites. Dans les décennies suivantes, il approuvera Montoya et les réductions du Paraguay, Ricci et sa montée vers Pékin, Nobili et son travail près des brahmanes au Maduré.

Mais, finalement, tout en soulignant la pluralité nécessaire des ministères dans la Compagnie, le désir d’Aquaviva est de rendre l’union des cœurs toujours plus perceptible dans la Compagnie.

Les choix d’un restaurateur engagé

De 1829 à 1853, Jan Philip Roothaan, comme Claudio Aquaviva, doit faire face à des situations difficiles. Aux yeux des « libéraux », la Compagnie est devenue un adversaire. Proche de Grégoire XVI, le Préposé général, ne percevant pas que c’en est fini de l’ancien système social et politique, souhaite un pontificat de combat, conservateur et réactionnaire. En vain, Taparelli d’Azeglio s’efforce-t-il de le convaincre de la nécessité d’une évolution.

L’élection de Pie IX met Roothaan en porte-à-faux. Acquis aux idées nouvelles, le nouveau considère la Compagnie « comme le seul nuage sombre dans un ciel serein ». Dans le courant de 1847, le bruit court à Rome qu’il songe à la supprimer. Quelques mois plus tard, le pape fait savoir au Préposé général que, ne pouvant plus garantir sa sécurité, il le prie de quitter les États pontificaux.

Lors de son exil, un autre visage de Roothaan se dessine. Après avoir souhaité une timide adaptation du Ratio studiorum au temps présent, il souligne l’importance des Exercices spirituels mais en donne une interprétation très ascétique. Enfin, s’il désire voir vécue l’union des cœurs, il ne la comprend qu’en termes d’uniformité. La difficulté des temps n’arrête pas la croissance de la Compagnie. Craignant cependant que celle-ci corrompe l’esprit de l’Institut, Roothaan invite les jésuites à redécouvrir ce pour quoi ils ont été fondés : « La vocation aux missions intérieures et extérieures ne doit être ni une fuite, ni un dépit, ni un goût du changement, mais un appel réfléchi et éprouvé, une démarche en faveur des moins favorisés. »

Les jésuites se rendent près des plus pauvres, jusque dans les bagnes de Brest, de Toulon et de Cayenne. Ils réinvestissent aussi leurs anciennes missions ultramarines où, très vite, ils retrouvent leurs anciennes manières de procéder, les conduisant à travailler dans les marges et à fonder des universités. Ainsi font-ils en Inde et aux États-Unis.  

3. La Compagnie de Jésus face à son avenir

À la veille du concile Vatican II, la Compagnie compte de grands noms : Pierre Teilhard de Chardin, Henri de Lubac, Karl Rahner, John Courtney Murray. Dans son ensemble cependant elle est en mal d’identité. Les choix d’Aquaviva et Roothaan se sont figés avec le temps. Pour parler à la manière de Ricœur, ce ne sont plus des « promesses » mais des « dettes ».

Pedro Arrupe, un nouveau fondateur

Quand il est élu Préposé général en 1965, Pedro Arrupe est habité par une seule conviction : les jésuites doivent sortir du monde plein d’assurances où ils se sont enfermés et se risquer sur des chemins non tracés. Trouver Dieu en toute chose !

Inquiet des bouleversements institutionnels en cours, Paul VI adresse à la Compagnie une admonestation solennelle : Comment avez-vous cru que pour donner une plus grande efficacité à votre activité, il fallait renoncer à grand nombre d’habitudes spirituelles, ascétiques, disciplinaires, qui ne seraient plus une aide mais un frein à une expression plus libre et plus personnelle de votre zèle ?

Les tensions se multipliant, Arrupe convoque la 32e Congrégation générale où deux questions sont posées : Qu'est-ce qu'être jésuite ? Pour quelle fin la Compagnie a-t-elle été fondée ? À ces deux interrogations, il fut répondu qu'être jésuite, c’est être compagnon de Jésus à la manière d’Ignace et c’est s'engager sous l'étendard de la croix dans la lutte décisive de notre époque, celle de la foi et de la justice qu'elle implique. Ces options en agacèrent beaucoup et particulièrement Jean-Paul qui fit preuve d’une grande sévérité.       

Arrupe ne saurait se réduire pas à ce que nous venons d’en dire. S’il fut un témoin de l’Église conciliaire et un acteur de l’aggiornamento de la Compagnie, s’il a révolutionné l’idée missionnaire en inventant le Service jésuite des réfugiés, il fut aussi, à la manière d’Ignace, un mystique. Il ne cessa d’inviter les jésuites à demeurer des « amis dans le Seigneur », à faire les Exercices en les renvoyant à la « manière d’agir du Christ » et à « l’inspiration trinitaire du charisme ignatien ». Peu avant d’être atteint d’une thrombose, à l’occasion du centenaire de Teilhard, il écrit : « Un trait de la personnalité et de l’œuvre de ce compagnon est précieux pour nous : son amour brûlant pour le Christ au centre de sa passion pour le monde transformé, accompli dans le christianisme.

Peter-Hans Kolvenbach et Adolfo Nicolás, discrets et efficaces

La première tâche de Peter-Hans Kolvenbach fut de réconcilier les jésuites et le pape, sans jamais renier l’œuvre d’Arrupe. Il orienta la Compagnie vers de « nouvelles frontières » en Chine et en Russie, où les jésuites s’établirent officiellement en 1992. Il fit en sorte que soient assimilées plus sereinement l’« option préférentielle pour les pauvres » et la théologie de la libération qui avait divisé la Compagnie. Mais son souci premier demeure le dialogue avec l’Islam.

En 2008, Benoît XVI, recevant Adolfo Nicolás et les membres de la XXXVe Congrégation générale, leur rappelle chaleureusement : « En poursuivant une des dernières intuitions du P. Arrupe, votre Compagnie continue de s’engager dans une voie méritoire au service des réfugiés qui sont souvent les plus pauvres parmi les pauvres et qui ont besoin non seulement d’aide matérielle, mais aussi de la proximité spirituelle, humaine et psychologique. »

Le souci du nouveau Préposé général fut de poursuivre l’œuvre de ses prédécesseurs, non cependant sans y ajouter une note propre qu’il reprend dans toutes ses visites : la nécessité d’un détachement profond, d’une immersion totale et d’une coopération entière. Ce faisant, il a contribué à donner de la Compagnie une nouvelle image et à proposer aux jésuites une nouvelle identité, saluée par le pape François, lors de sa visite au Centre Astalli du JRS à Rome :

« Gardez toujours vivant l’espoir ! Aider à retrouver la confiance ! Démontrer qu’avec l’accueil et la fraternité, une fenêtre peut être ouverte vers l’avenir – plus qu’une fenêtre, une porte, et même plus que ce qui est possible pour avoir un avenir. »

La Compagnie de Jésus, un Ordre pour aujourd’hui ? Certainement, mais d’une manière nouvelle. Au fil des cinq siècles de leur existence, aux moments de grande rupture, les jésuites ont su donner à leur identité une figure nouvelle. Ils en sont là aujourd’hui et, dès lors, une seule question importe. Les choix, par lesquels ils s’efforcent de répondre aux besoins de leur temps, sont-ils fidèles à l’esprit de ceux que fit leur fondateur ? Mais entendons-nous bien. Ces choix qu’ils font aujourd’hui pour une plus grande intelligence de la foi et pour un plus grand service de la paix, de la justice et de la création, ne sont pas faits pour rendre gloire à Ignace de Loyola mais pour, comme lui et avec lui, rendre à Dieu une gloire toujours plus grande.

Les principaux champs d’action des jésuites en France sont :

Jésuites de France

Jésuites en Europe

Jésuites aux Etats-Unis

Jésuites au Canada et Haïti

Jésuites en Afrique Centrale

Jésuites en Afrique de l’Ouest

Jésuites en Inde